Ali Bencheikh et le roman de sa propre légende : quand la mémoire du football algérien mérite mieux

Dans l’univers du football algérien, la mémoire collective est un patrimoine précieux. Elle appartient aux supporters, aux clubs, aux générations de joueurs qui ont construit, par leurs performances et leur dignité, l’histoire d’un sport qui dépasse largement les egos individuels. Pourtant, certains tentent encore de réécrire cette histoire à leur avantage.

C’est précisément l’impression laissée par le récent podcast diffusé par le média qatari WinWin, dans lequel Ali Bencheikh s’est longuement exprimé face au journaliste Lakhdar Berriche. Présenté comme une plongée dans la carrière de l’ancien joueur du Mouloudia d’Alger et de l’équipe nationale, l’entretien ressemble davantage à une tribune personnelle où le récit se transforme en plaidoyer narcissique.

Le vieux refrain du Mondial 1982

Au cœur du discours de Bencheikh, un thème récurrent : sa mise à l’écart lors de la Coupe du monde 1982 en Espagne, où il n’a pas disputé la moindre minute. Quarante ans plus tard, l’ancien joueur continue d’alimenter la même théorie, accusant implicitement ou explicitement certains de ses anciens coéquipiers d’avoir influencé cette décision.

Parmi les cibles récurrentes de ces insinuations figure Ali Fergani, ancien capitaine des Fennecs et figure emblématique de la JS Kabylie. Une accusation qui, avec le temps, ressemble davantage à une fixation personnelle qu’à une réalité historique.

Car la vérité sportive est simple : Ali Fergani appartenait à une catégorie de joueurs dont l’impact dépassait largement le terrain. Milieu de terrain d’une intelligence rare, leader naturel, il incarnait une génération qui a porté haut les couleurs du football algérien. Sur le plan sportif comme intellectuel, l’écart avec Bencheikh n’a jamais réellement fait débat.

Architecte dans la vie civile, Fergani a toujours cultivé une autre forme de grandeur : celle du silence et de la dignité. Malgré les attaques répétées dont il fait l’objet depuis des années, il n’a jamais jugé utile de répondre.

Les légendes n’ont pas besoin d’être fabriquées

Dans ce même entretien, Bencheikh s’est également permis des allusions à peine voilées concernant Mustapha Dahleb et Lakhdar Belloumi, insinuant que certains auraient disputé le Mondial 1982 en étant blessés.

Ces insinuations sont pour le moins étonnantes lorsqu’on évoque des noms qui, eux, n’ont jamais eu besoin de campagnes médiatiques pour entrer dans l’histoire du football.

Dahleb, magicien du Paris Saint-Germain des années 1970 et 1980, et Belloumi, génie technique unanimement respecté sur tout le continent africain, ont construit leur réputation sur le terrain, pas dans les studios.

Les légendes du football n’ont jamais besoin d’être construites en coulisses. Elles s’imposent d’elles-mêmes, avec le temps, les performances et la reconnaissance des supporters.

Un journaliste trop complaisant

L’autre malaise de cet entretien réside dans l’attitude du journaliste. Au lieu d’apporter la contradiction nécessaire ou de contextualiser certaines affirmations, Lakhdar Berriche s’est contenté, tout au long de la discussion, d’accompagner le récit en multipliant les compliments et les louanges.

Résultat : un échange qui ressemble davantage à une opération de réhabilitation qu’à une véritable discussion journalistique.

Dans un football algérien qui mérite un travail de mémoire sérieux, cette complaisance n’aide ni la vérité historique ni les nouvelles générations à comprendre ce qu’a réellement été cette période.

La grandeur se mesure au silence

Ali Bencheikh est aujourd’hui devenu un personnage médiatique. Sur certaines chaînes sportives privées algériennes, il a fait de sa parole un produit télévisuel. Provocations, petites phrases et règlements de comptes rythment régulièrement ses interventions.

Mais les grandes figures du football savent qu’avec le temps, la véritable grandeur réside dans l’élégance.

Les Dahleb, les Belloumi, les Fergani n’ont jamais eu besoin de réécrire leur carrière. Leurs matchs, leurs trophées et la mémoire des supporters parlent pour eux.

Une vérité qui ne changera jamais

Enfin, il est utile de rappeler une réalité que personne ne pourra effacer, quelle que soit la rhétorique employée dans les studios ou les podcasts.

Dans l’histoire du football algérien, un club s’est imposé comme une référence absolue : la JS Kabylie.

Par ses titres, son influence continentale, sa formation de talents et sa contribution historique à l’équipe nationale, la JSK demeure, pour beaucoup d’observateurs et de passionnés, le plus grand club que l’Algérie ait connu.

Point final.

L’histoire du football ne se réécrit pas avec des souvenirs sélectifs ou des récits personnels. Elle se construit sur les faits, les performances et la mémoire collective.

Et cette mémoire, elle, ne se fabrique pas.

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