Football algérien / Divisions inférieures :

‘’Clubs publics, Survie privée ; ils sont indispensables… mais hors du cadre institutionnel .

Transformez-les clubs en SPA

Hamel Dahmane

Dans les divisions inférieures du football algérien, il y a un personnage que les bilans ignorent… mais sans lequel beaucoup de clubs seraient déjà des souvenirs : le président-payeur.

Pas un investisseur. Non.

Un homme qui sort l’argent, le sien, sans filet, sans garantie, sans retour.

Depuis des décennies, ils sont là.

Obstinés.

À colmater les brèches d’un système qui fuit de partout.

Surtout quand ça brûle. L’accession ou la relegation.

Le moment où tout se joue.

Là où les subventions ne suffisent pas ?

ou arrivent trop tard ?

où les budgets se dissolvent comme du sel dans l’eau… il reste quoi ?

Un homme. Et son portefeuille.

Le décor, on le connaît.

Des clubs amateurs accrochés aux financements publics , APC, DJS,

comme à une perfusion irrégulière.

Rien de stable.

Rien de lisible.

Une gestion à vue.

On colmate, on improvise, on survit.

La stratégie ? Un luxe.

La projection ? Une illusion.

Et dans ce vide, certains prennent le relais.

Ils paient. Point.

Mais leur argent ?

Il n’existe pas vraiment dans le système.

Il n’est ni reconnu, ni protégé, ni structuré.

Il est toléré. Voilà.

Toléré comme un mal nécessaire.

Essentiel… mais jamais intégré.

Indispensable… mais toujours hors cadre.

Autrement dit, le système repose sur eux… sans jamais les reconnaître comme des acteurs à part entière du modèle.

Alors oui, c’est facile de tirer.

Gestion instinctive,

décisions à chaud,

bricolage permanent… On connaît la musique.

Mais à quoi ressemble une gestion “propre” dans un environnement qui ne l’est pas ?

On exige de la rigueur dans le flou,

de la méthode dans l’incertitude,

de la vision dans le brouillard.

Et après, on s’étonne.

Qu’on soit clair :

il ne s’agit pas de les sanctifier. Il y a des dérives, des excès, des erreurs. Évidemment.

Mais les réduire à des caricatures, c’est refuser de voir ce qu’ils compensent : un vide et une carence systémiques.

Avant de juger, il faudrait écouter.

Vraiment.

Le football algérien gagnerait à leur donner la parole.

Pas par politesse.

Par nécessité.

Leur donner la parole, c’est une exigence méthodologique.

Parce que ces présidents savent.

Ils savent ce que coûte un déplacement quand la caisse est vide.

Ils savent ce que vaut une promesse non tenue.

Ils savent où ça coince, où ça gaspille, où ça s’effondre.

Ce savoir-là, aucun texte ne le porte.

Aucune circulaire ne le remplace.

Leur parole C’est une condition de toute réforme crédible.

Alors la question est là, nue, sans détour :

continuer comme ça ?

Tolérer ce financement informel, flou, précaire… ou enfin lui donner un cadre ?

Une piste existe.

Elle dérange.

Elle oblige à penser autrement : transformer les clubs amateurs en sociétés par actions.

Pas pour faire joli. Pour changer de logique.

Aujourd’hui, l’argent du président disparaît.

Demain, il devient capital. Une part. Un droit. Une voix.

On bascule.

D’un engagement affectif, exposé, vulnérable…

à une implication reconnue, organisée, sécurisée.

Et avec ça, forcément, autre chose suit.

Une gouvernance qui se tient.

Des responsabilités identifiées.

Des comptes à rendre.

Des décisions qui ne flottent plus dans le non-dit.

Et surtout, sortir , enfin , de cette dépendance exclusive à l’État, qui étouffe plus qu’elle ne structure.

Attention. Rien de magique.

Changer le statut sans changer les pratiques, c’est repeindre une façade fissurée.

Il faudra encadrer, accompagner, réguler. Sinon, on déplacera le désordre sans le résoudre.

Mais au moins, on aura posé la bonne question.

Parce qu’au fond, ce football-là ne tient pas grâce à un modèle.

Il tient malgré son absence.

Et grâce à des hommes que le système utilise… sans jamais vraiment les reconnaître.

La Ligue 1 ?

Une autre histoire.

Une autre échelle.

D’autres contraintes.

Mais ici, dans ces divisions qu’on regarde à peine, il y a peut-être le vrai chantier.

Le point de départ de quelque chose.

Hamel Abderrahmane 06 Avril 2026

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