Édito – Quand certains plateaux préfèrent le procès permanent à l’analyse : le cas Mahrez

Il existe une différence fondamentale entre la critique et l’acharnement. La première nourrit le débat, la seconde le dégrade. Le traitement réservé à Ryad Mahrez sur certains plateaux d’El Heddaf TV, notamment après la qualification de l’Algérie pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde, illustre malheureusement cette dérive.

Au lendemain d’une prestation majuscule de Mahrez, ponctuée par un doublé historique et un trophée d’homme du match, on pouvait s’attendre à une analyse objective de sa performance. Au lieu de cela, Ali Bencheikh, l’inventeur du Football s’est contenté d’un timide : « Mahrez a fait un bon match. » Une appréciation presque banale pour un joueur qui vient pourtant d’être le principal artisan d’une qualification historique.

Plus surprenant encore, l’ancien attaquant de la JSK et de l’Entente de Sétif, Amine Aoudia, a préféré minimiser l’exploit en expliquant que l’Autriche était simplement une équipe faible. Un argument difficilement défendable.

L’Autriche n’est pas arrivée en Coupe du monde par hasard. Elle s’est qualifiée avec autorité dans une zone européenne extrêmement relevée. Son effectif regorge d’internationaux évoluant dans les meilleurs championnats, notamment en Bundesliga, et elle faisait partie des équipes les plus solides de son groupe de qualification. Réduire cette sélection à un simple adversaire « faible » relève davantage de la volonté de dévaloriser la performance algérienne que d’une véritable analyse footballistique.

Ce qui interpelle surtout, c’est cette incapacité chronique à reconnaître les mérites de Ryad Mahrez lorsque celui-ci répond présent.

Depuis plus d’une décennie, Mahrez porte les couleurs de l’Algérie avec un talent et une régularité exceptionnels. Capitaine exemplaire, champion d’Angleterre, vainqueur de la Ligue des champions, meilleur joueur africain, il n’a plus rien à prouver sur la scène internationale. Pourtant, certains semblent attendre le moindre faux pas pour remettre en cause son statut, son implication ou son niveau.

Et lorsque le numéro 7 fait taire les critiques sur le terrain, les compliments deviennent soudainement minimalistes, les performances adverses sont dévalorisées ou les circonstances viennent expliquer son succès. Comme si reconnaître pleinement la grandeur de Mahrez était devenu un exercice impossible.

Un consultant n’est pas obligé d’aimer un joueur. En revanche, il a le devoir d’être cohérent, objectif et honnête intellectuellement. L’analyse sportive perd toute crédibilité lorsqu’elle donne l’impression que la conclusion est écrite avant même le coup d’envoi.

Le football algérien mérite mieux que des débats dictés par des positions personnelles ou des règlements de comptes permanents. Les téléspectateurs attendent des analyses techniques, des explications tactiques et un regard équilibré, pas des procès d’intention répétés contre les mêmes joueurs.

Ryad Mahrez, lui, continue de répondre comme il l’a toujours fait : sur le terrain. Deux buts, un trophée d’homme du match et une qualification pour le second tour de la Coupe du monde constituent la meilleure réponse possible.

Le reste n’est que bruit de plateau.

Parce qu’au final, les grandes carrières s’écrivent avec des performances. Les polémiques, elles, s’effacent avec le temps.

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