Par la rédaction de ShootAfrica
La réunion du Collège technique national convoquée au Centre technique national de Sidi Moussa était présentée comme un moment de réflexion profonde sur l’avenir de la sélection nationale. Dans les faits, elle donne surtout l’impression d’avoir servi à légitimer une décision qui semblait arrêtée bien avant que les premiers intervenants ne prennent la parole.
Le football algérien mérite mieux qu’une mise en scène institutionnelle où l’on sollicite l’avis des techniciens sans que leurs conclusions ne paraissent réellement susceptibles d’influencer la décision finale.
Une commission sans véritable pouvoir
À quoi sert une commission d’évaluation si son issue semble connue à l’avance ?
Lorsque le directeur technique national ouvre les débats en défendant publiquement le maintien du sélectionneur au nom d’objectifs prétendument atteints, le signal envoyé aux participants est déjà très clair. Une commission d’expertise devrait d’abord écouter, analyser, confronter les arguments, puis seulement établir des conclusions. Pas l’inverse.
Les témoignages de plusieurs intervenants montrent pourtant que de nombreuses voix se sont élevées pour souligner l’absence d’identité de jeu, le manque de progression collective et l’impression que l’équipe nationale évolue pratiquement au même point qu’au moment de l’arrivée de Vladimir Petkovic.
Ces critiques n’ont rien d’anecdotique. Elles proviennent de personnalités ayant une réelle expérience du football algérien.
Deux années et demie pour quel projet ?
Le véritable débat ne devrait pas porter uniquement sur les résultats bruts.
Il devrait porter sur une question bien plus importante :
Quel héritage laisse ce staff technique ?
Une sélection nationale se construit autour d’une identité, d’une philosophie et d’une progression visible.
Or beaucoup d’observateurs peinent aujourd’hui à définir le style de jeu de l’équipe d’Algérie.
Les performances demeurent irrégulières, les choix techniques sont régulièrement contestés et l’impression générale est celle d’un chantier permanent.
Après plus de deux ans de travail, cette interrogation ne peut être balayée d’un revers de main.
Le prix du changement ne peut pas être le seul argument
Les considérations financières existent dans toutes les fédérations.
Mais lorsqu’elles deviennent l’argument principal pour maintenir un sélectionneur, elles traduisent souvent un problème plus profond.
Une fédération ambitieuse prend d’abord ses décisions selon des critères sportifs.
Le coût d’une rupture contractuelle ne peut devenir le principal projet sportif d’une institution.
Sinon, cela revient à reconnaître que les erreurs de gouvernance dictent désormais les choix techniques.
Une responsabilité qui dépasse Petkovic
Réduire le débat à la seule personne de Vladimir Petkovic serait une erreur.
L’évaluation devrait également concerner ceux qui l’ont recruté, accompagné et défendu.
Dans toute organisation moderne, lorsqu’un projet n’atteint pas les attentes, la responsabilité est collective.
Le sélectionneur répond de ses choix sportifs.
La direction technique répond de son accompagnement.
Le bureau fédéral répond de sa stratégie.
Il est donc difficile de présenter aujourd’hui le maintien éventuel du sélectionneur comme une simple décision sportive sans s’interroger sur la responsabilité de la gouvernance actuelle.
Le football algérien mérite de la transparence
Les supporters ne réclament pas nécessairement des sanctions.
Ils réclament surtout de la cohérence.
Si Vladimir Petkovic est maintenu, la FAF doit expliquer précisément les critères sportifs qui justifient cette confiance.
À l’inverse, si son bilan est jugé insuffisant, il faut avoir le courage d’en tirer toutes les conséquences.
Entre ces deux positions, il existe une troisième voie, beaucoup plus dangereuse : celle qui consiste à organiser une consultation dont l’objectif principal serait de donner une apparence démocratique à une décision déjà prise.
C’est précisément cette impression qui ressort de cette réunion.
Restaurer la crédibilité des instances
Le football algérien traverse une période où la confiance entre les supporters et les dirigeants s’effrite.
Pour la reconstruire, il faudra davantage que des commissions, des réunions extraordinaires ou des communiqués.
Il faudra accepter le débat contradictoire, assumer les responsabilités et remettre l’intérêt du football national au-dessus des considérations de personnes.
Une commission d’évaluation ne gagne sa crédibilité que lorsqu’elle est libre de ses conclusions.
Dans le cas contraire, elle risque de n’être perçue que comme un exercice de communication destiné à préserver les équilibres internes, au détriment de la vérité sportive.
Le football algérien mérite des décisions courageuses, pas des consultations de circonstance. Les supporters attendent une vision, une stratégie et des actes. Car sans exigence, sans remise en question et sans responsabilité assumée à tous les niveaux, aucune sélection nationale ne peut durablement retrouver les sommets.

