Abdenour Beldjoud, les souvenirs d’un enfant de Baraki qui avait fait chavirer le cœur du Mouloudia

Il y a des rencontres qui ne doivent rien au hasard. Des rencontres qui vous ramènent, en quelques secondes, plusieurs décennies en arrière. Hier soir, lors d’un dîner entre amis du côté de Sevran, une simple conversation a fait ressurgir une page de ma jeunesse et de l’histoire du grand Mouloudia d’Alger.

Autour de la table, notre ami commun Zinedine Touahria recevait notamment Redouane Beldjoud, venu de Longwy, dans l’Est de la France. De fil en aiguille, la discussion s’engage sur le football algérien. Redouane évoque son frère, ancien joueur du Mouloudia.

Je lui demande naturellement : « Lequel ? »

Sa réponse me replonge instantanément dans mes souvenirs :

« Abdenour Beldjoud. »

Et là, comme si quelqu’un venait d’ouvrir une vieille boîte à souvenirs, les images sont revenues. Celles d’un jeune joueur talentueux, enfant de Baraki, pur produit du DRB Baraki, qui avait fait parler de lui à la fin des années 1980 et qui avait attiré les regards de nombreux clubs algérois.

Le petit prince de Baraki

Natif du quartier d’Al Merdja à Baraki, Abdenour Beldjoud avait grandi avec le ballon au pied. Formé au DRB Baraki, il s’était rapidement distingué par une qualité devenue rare : le talent à l’état pur.

Techniquement très doué, élégant balle au pied, capable de faire la différence dans les petits espaces, le jeune Beldjoud était alors considéré comme l’un des joueurs les plus prometteurs de sa génération.

Ses performances avec le DRB Baraki ne passent pas inaperçues. À cette époque, plusieurs clubs algérois suivent de près ses prestations. Mais c’est finalement le Mouloudia d’Alger qui réussit à l’attirer.

Et pas n’importe comment.

À la tête du Doyen se trouve alors un monument du football algérien : Abdelhamid Kermali. Le technicien, fin connaisseur des jeunes talents, voit immédiatement quelque chose chez ce garçon de Baraki et décide de lui donner sa chance sous les couleurs du Mouloudia.

1988-1989, le rêve devient réalité

La saison 1988-1989 restera gravée dans la mémoire d’Abdenour.

Passer du DRB Baraki au Mouloudia d’Alger, porter le maillot du Doyen et côtoyer certains des grands noms du football algérien de l’époque : pour le jeune joueur, c’était un rêve devenu réalité.

Et pour les amoureux du MCA, l’arrivée de ce jeune talent ne passe pas inaperçue.

À cette époque, être annoncé au Mouloudia avait une autre dimension. Le Doyen représentait une institution, une histoire, un peuple. Pour un jeune issu de Baraki, rejoindre le MCA était une immense fierté.

Moi-même, étant jeune, chauvin du Mouloudia, je me souviens de cette période et de ce nom qui circulait dans les discussions autour du club.

Des décennies plus tard, entendre à nouveau le nom d’Abdenour Beldjoud autour d’une table, en région parisienne, a réveillé cette mémoire.

Un coup de téléphone et 30 ans de souvenirs

Redouane prend alors son téléphone.

Il appelle son frère.

Quelques secondes plus tard, nous voilà plongés dans une conversation avec Abdenour, autour du football, du Mouloudia et de cette formidable époque.

Pendant plusieurs minutes, les souvenirs remontent à la surface.

Abdenour raconte, avec cette passion intacte, les années passées au Doyen, ses coéquipiers, les entraînements, les déplacements et les anecdotes qui font toute la richesse d’une carrière.

Mais derrière les souvenirs heureux se cache également un regret.

Celui d’une blessure contractée avec le Mouloudia lors d’un stage en Allemagne.

Une blessure qui, malheureusement, va freiner son élan et l’empêcher probablement de connaître la carrière que son talent et ses qualités techniques pouvaient lui permettre d’espérer.

Dans le football, il y a parfois une frontière très fine entre une grande carrière et une carrière qui aurait pu être encore plus grande.

Abdenour Beldjoud connaît cette douloureuse réalité.

L’accession avec Dellys, une autre grande histoire

Mais le football lui offrira d’autres moments de bonheur.

Quelques années plus tard, Abdenour participera notamment à une aventure exceptionnelle avec le club de Dellys, avec lequel il connaîtra une accession en Ligue 2.

Une aventure qu’il évoque encore avec beaucoup d’émotion, notamment lorsqu’il parle du regretté Monsieur Falkou, le président qui avait accompagné cette formidable épopée et qui nous a malheureusement quittés depuis.

Des souvenirs qui témoignent d’une époque où le football était aussi une histoire d’hommes, de dirigeants passionnés, de joueurs attachés à leur club et de communautés qui vivaient les exploits de leurs équipes avec une intensité extraordinaire.

Le Mouloudia ne l’a jamais vraiment quitté

Aujourd’hui, les années ont passé.

Mais Abdenour Beldjoud n’a jamais vraiment quitté le Mouloudia.

Il continue de jouer avec les vétérans du MCA, retrouvant régulièrement d’anciens compagnons de route et des figures emblématiques du club comme Zenir, Mahious, Belhadj, Bachta et bien d’autres.

Les jambes ont forcément perdu un peu de leur vitesse.

Mais le plaisir de jouer, lui, est resté intact.

Et surtout, il y a cette fraternité qui unit ceux qui ont un jour porté le maillot du Doyen.

Une histoire qui mérite d’être racontée

Notre conversation s’est terminée avec une promesse.

Nous nous retrouverons prochainement à Alger pour consacrer une émission spéciale de ShootAfrica TV à Abdenour Beldjoud.

Une émission de souvenirs.

Une émission pour raconter son parcours, ses années au Mouloudia, sa rencontre avec Kermali, ses anecdotes, cette fameuse blessure en Allemagne, l’aventure de Dellys et tous ces moments qui ont marqué sa vie de footballeur.

Parce qu’au-delà des statistiques, des palmarès et des titres, il existe une autre mémoire du football.

Celle des hommes qui ont porté un maillot, fait vibrer un quartier, marqué une génération et continuent, des décennies plus tard, à transmettre leur passion.

Abdenour Beldjoud est de ceux-là.

Un enfant d’Al Merdja.

Un produit du DRB Baraki.

Un ancien du Mouloudia.

Un amoureux du football.

Et surtout, un homme dont le nom méritait de ressortir des souvenirs pour être raconté à nouveau.

Hier soir, autour d’un dîner à Sevran, une rencontre avec son frère Redouane a suffi pour rouvrir une vieille page de ma mémoire.

Et quelle belle page.

Le Grand Mouloudia avait encore beaucoup d’histoires à raconter.

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