Mbappé, Vinicius, Konaté : quand un simple maillot devient une affaire politique

Ils sont entrés sur la pelouse avec le maillot. Mais ils ont pris soin de ne pas en montrer le message. Kylian Mbappé, Vinicius Jr et Ibrahima Konaté se retrouvent au cœur d’une polémique après avoir masqué ou retiré le t-shirt « Todos somos caballas », porté avant Elche–Real Madrid en soutien aux habitants de Ceuta. Derrière quelques secondes d’images, une question beaucoup plus lourde apparaît : jusqu’où un footballeur peut-il afficher — ou refuser d’afficher — un message lié à une crise politico-migratoire ?

L’image a immédiatement fait le tour des réseaux sociaux.

Avant le coup d’envoi d’Elche–Real Madrid, les joueurs étaient invités à porter un t-shirt portant le message « Todos somos caballas », expression faisant référence aux habitants de Ceuta. L’initiative, lancée par l’Association valencienne des entrepreneurs, visait à afficher une solidarité avec la ville espagnole après la crise migratoire de l’été. Plus de 70 000 franchissements irréguliers avaient été enregistrés en juillet selon les informations rapportées par Reuters.

Mais trois joueurs du Real Madrid ont adopté une attitude différente.

Mbappé et Vinicius ont remonté leur maillot de manière à rendre le slogan illisible avant de finalement retirer le t-shirt. Konaté, lui, l’a également porté de manière à ne pas laisser apparaître clairement le message.

Et forcément, les réseaux sociaux se sont enflammés.

Certains les accusent déjà d’avoir voulu « cacher » un message de soutien à Ceuta. D’autres estiment au contraire qu’un joueur professionnel doit pouvoir refuser de participer à une campagne lorsqu’il considère que celle-ci dépasse le cadre sportif.

Le débat est d’autant plus sensible que le football international encadre précisément l’utilisation des équipements à des fins politiques.

FIFA : le football n’est pas censé devenir une tribune politique

Les règlements FIFA prévoient que les équipements ne doivent pas comporter de slogans, déclarations ou images à caractère politique, religieux ou personnel. Ce principe figure notamment dans les règles relatives aux équipements.

L’UEFA applique également des restrictions concernant les messages et symboles de nature politique, idéologique ou religieuse dans ses compétitions.

Autrement dit, le football professionnel se trouve face à une contradiction permanente : il veut promouvoir des causes sociales et la solidarité, tout en affirmant qu’il doit rester à l’écart des affrontements politiques.

Et c’est précisément là que commence la polémique.

Car « Todos somos caballas » peut être présenté comme un message de solidarité envers une population. C’est d’ailleurs ainsi que les promoteurs de l’opération et certains joueurs l’ont défini.

Mais le contexte dans lequel ce message apparaît est incontestablement lié à une crise migratoire impliquant Ceuta, territoire espagnol, et le Maroc.

Le joueur marocain Ez Abde, qui avait porté le même maillot avec le Betis, a justement expliqué qu’il s’agissait selon lui d’un message social et non politique. Il a par ailleurs subi une importante vague de réactions sur les réseaux sociaux.

Alors, où commence le politique ?

C’est toute la question.

Si un message de solidarité concernant une population touchée par une crise migratoire est considéré comme strictement social, pourquoi les règlements sportifs devraient-ils empêcher un joueur de l’afficher ?

Mais si le même message est susceptible d’être interprété comme une prise de position dans un dossier opposant, directement ou indirectement, des sensibilités nationales et politiques, où placer la frontière ?

C’est cette zone grise qui nourrit aujourd’hui la controverse.

Et dans cette affaire, une autre question mérite d’être posée : pourquoi reprocher à un joueur de ne pas afficher un message lorsqu’on considère par ailleurs que les joueurs ne doivent pas transformer leur maillot en panneau politique ?

Le Real Madrid, lui, a choisi de ne pas transformer l’affaire en conflit interne. Selon Reuters, le club avait accepté la proposition de l’Elche mais a également indiqué respecter la liberté de chaque joueur concernant sa participation à l’opération.

Le football veut-il des joueurs engagés… seulement quand l’engagement arrange tout le monde ?

C’est peut-être la vraie question de cette histoire.

Quand un footballeur prend position contre le racisme, les discriminations ou pour une cause humanitaire, le football applaudit souvent son engagement.

Mais lorsqu’un message touche à une question territoriale, migratoire ou géopolitique, la frontière devient soudain beaucoup plus délicate.

Mbappé, Vinicius et Konaté n’ont pas expliqué publiquement leur décision, et il serait donc hasardeux de leur attribuer une motivation précise. Ce que les images montrent, en revanche, c’est qu’ils ont choisi de ne pas rendre le slogan visible, contrairement à la majorité de leurs coéquipiers.

Le reste appartient pour l’instant à l’interprétation.

Une chose est certaine : quelques secondes avant un match de football viennent de relancer un débat beaucoup plus grand que le football lui-même.

Et si les règlements FIFA et UEFA veulent réellement empêcher les terrains de devenir des tribunes politiques, ils devront tôt ou tard répondre à une question simple :

un message de solidarité devient-il politique dès qu’il concerne une frontière, une crise migratoire et deux pays ?

À Ceuta, le football vient une nouvelle fois de se retrouver au milieu d’un terrain où les lignes sont beaucoup moins claires que celles d’un terrain de football.

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