CAN 2027 : et si les sélections africaines prenaient exemple sur la RDC de Sébastien Desabre ?

Deux listes, deux objectifs et surtout une même volonté : préparer le présent sans négliger l’avenir. La méthode mise en place par Sébastien Desabre et la Fédération congolaise interpelle. Et si d’autres grandes sélections africaines, à l’image de l’Algérie, s’en inspiraient pour élargir leur réservoir de joueurs ?

Dans le football africain, la concurrence est devenue permanente. Les sélections ne peuvent plus se contenter de travailler avec un groupe de 25 ou 30 joueurs. Derrière les cadres, une nouvelle génération frappe à la porte, tandis que de nombreux binationaux évoluant en Europe peuvent, à tout moment, changer de trajectoire internationale.

La République démocratique du Congo semble avoir parfaitement compris cette nouvelle réalité.

Desabre a choisi de voir plus loin

Pour la longue fenêtre internationale de septembre-octobre, Sébastien Desabre a décidé de fonctionner avec deux listes distinctes.

La première compte 29 joueurs et concerne les deux rencontres officielles des éliminatoires de la CAN 2027 face à la Guinée équatoriale et au Zimbabwe.

La seconde, composée de 24 joueurs, est destinée aux deux matches amicaux contre l’Ouganda, les 2 et 5 octobre en Afrique du Sud. La FECOFA précise que les nouveaux joueurs non retenus dans la première liste rejoindront le groupe pour ce deuxième stage.

Ce choix est loin d’être anodin.

Il permet au sélectionneur de conserver un groupe compétitif pour les matches à enjeu tout en profitant des rencontres amicales pour observer de nouveaux profils, intégrer de nouveaux joueurs et préparer les prochaines échéances.

Et Desabre ne s’en prive pas.

Plusieurs joueurs récemment attirés par la RDC apparaissent dans ces listes : Kevin Pedro, Willy Kambwala, Ezechiel Banzuzi, Stanis Idumbo, Jorthy Mokio, Junior Kadile, Paris Maghoma, Stephy Mavididi ou encore Anthony Musaba. Certains ont représenté d’autres sélections de jeunes et plusieurs situations administratives nécessitent encore des démarches auprès de la FIFA.

Une véritable stratégie de renouvellement

Ce qui mérite d’être souligné, ce n’est donc pas simplement le fait d’avoir publié deux listes.

C’est la philosophie qui se trouve derrière cette décision.

La RDC profite de ses matches amicaux pour travailler sur son équipe de demain.

Un jeune joueur peut ainsi découvrir l’environnement de la sélection, côtoyer les cadres, comprendre les exigences du très haut niveau international et être évalué par le staff sans que son intégration ne bouleverse nécessairement le groupe appelé à disputer les rencontres officielles.

C’est également une manière d’entretenir un contact permanent avec la diaspora.

Reuters souligne d’ailleurs que Desabre mène depuis plusieurs mois un travail auprès de joueurs nés ou formés en Europe et susceptibles de représenter la RDC.

Et si l’Algérie faisait la même chose ?

C’est probablement la question que cette initiative congolaise peut poser en Algérie.

Les Fennecs disposent eux aussi d’un important vivier de joueurs évoluant dans les différents championnats européens. Certains sont déjà internationaux, d’autres attendent encore leur première convocation et plusieurs jeunes profils mériteraient simplement d’être observés au sein du groupe.

Pourquoi ne pas imaginer, lorsque le calendrier le permet, deux listes avec deux objectifs différents ?

Une première liste pour les rencontres officielles, avec les joueurs sur lesquels le sélectionneur compte immédiatement.

Et une seconde pour les matches amicaux, destinée à tester les nouveaux profils susceptibles, à moyen terme, de renforcer l’équipe nationale.

L’objectif ne serait pas de distribuer des sélections à tout le monde ni de remettre en cause la hiérarchie existante.

Il serait simplement question de voir les joueurs en situation réelle avec les Fennecs.

Car une chose est certaine : les performances en club ne suffisent pas toujours pour déterminer si un joueur possède les qualités nécessaires pour s’imposer au niveau international.

Tester avant de décider

C’est peut-être là que réside l’intérêt principal de la méthode congolaise.

Un sélectionneur peut regarder un joueur pendant 90 minutes avec son club, analyser ses statistiques et suivre son évolution.

Mais le faire venir en sélection permet de mesurer autre chose : son adaptation au groupe, son comportement à l’entraînement, sa compréhension des consignes, sa capacité à évoluer sous pression et son complément avec les autres joueurs.

Les matches amicaux deviennent alors de véritables laboratoires de la sélection nationale.

Et pour les binationaux, cette démarche peut également permettre aux fédérations de maintenir un dialogue avec les joueurs avant qu’ils ne prennent définitivement une autre direction internationale.

Une idée qui mérite de circuler en Afrique

La RDC n’a évidemment pas inventé le principe de tester des joueurs en sélection.

Mais la manière dont Desabre l’utilise actuellement est particulièrement intéressante : séparer les objectifs, protéger le groupe des matches officiels et donner parallèlement de l’espace aux nouveaux profils.

D’autres grandes sélections africaines pourraient réfléchir à cette approche.

L’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou encore le Nigeria disposent eux aussi d’importants réservoirs de joueurs issus de leurs diasporas et de leurs centres de formation.

Dans un football où la concurrence pour attirer les binationaux devient de plus en plus forte, observer tôt peut parfois être aussi important que sélectionner vite.

Desabre et la FECOFA montrent une voie

Il ne s’agit pas de dire que la méthode congolaise doit être appliquée à l’identique partout.

Chaque sélection possède son calendrier, ses contraintes et ses priorités.

Mais l’idée mérite d’être étudiée.

Deux listes. Deux objectifs. Une équipe pour gagner aujourd’hui et une autre réflexion pour préparer demain.

C’est exactement ce que la RDC est en train de mettre en place avec Sébastien Desabre.

Et peut-être que certaines sélections africaines gagneraient à regarder attentivement ce qui se passe chez les Léopards.

Pour l’Algérie notamment, une telle formule aurait permis de voir davantage de nouveaux joueurs susceptibles de renforcer les Fennecs, plutôt que d’attendre qu’ils deviennent incontournables avant de leur ouvrir la porte de la sélection.

Le football international ne se joue plus seulement sur le présent.

Il se prépare aussi plusieurs mois, voire plusieurs années à l’avance.

ShootAfrica

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