La Tribune de Shoot Africa : Quand les Bleus de Zidane rappellent à la France d’où vient sa force

Au moment où le paysage politique français traverse une période de turbulences intenses, rythmée par la progression constante du Rassemblement National et à l’approche de scrutins présidentiels décisifs, le débat public s’est profondément durci. Sur plusieurs plateaux de télévision et stations de radio ouvertement positionnés, une parole xénophobe et clivante semble s’être libérée, ciblant de manière récurrente les questions d’identité nationale et d’immigration.

Pourtant, ce lundi soir au Stade de France, le rectangle vert a opposé une réalité implacable aux rhétoriques de division. Face à une solide équipe de Belgique, l’équipe de France a livré une seconde période magistrale pour s’imposer 4 buts à 1 en Ligue des nations de l’UEFA. Mais au-delà de la performance comptable, c’est le symbole éclatant de cette victoire qui résonne avec force.

La victoire du pluralisme et de l’histoire partagée

Sur le banc de touche, pour son quatrième match à la tête de la sélection, Zinédine Zidane a signé son premier grand chef-d’œuvre tactique. Icône intemporelle de la France « Black-Blanc-Beur » de 1998, l’enfant de la Castellane à Marseille, fils d’immigrés algériens, incarne à lui seul la grandeur d’une réussite républicaine issue de la diversité. Face au mur beige dressé par Mark van Bommel, c’est son coaching audacieux qui a transfiguré le jeu tricolore.

Sur la pelouse, le sursaut d’orgueil et l’efficacité clinique ont été portés par une jeunesse talentueuse qui puise ses racines aux quatre coins d’une histoire plurielle :

  • Désiré Doué, le premier à sonner la révolte à la 76e minute en égalisant sur son tout premier ballon, est issu d’une famille d’origine ivoirienne.
  • Rayan Cherki, dont l’entrée lumineuse a fait basculer le match quatre minutes plus tard en inscrivant le but du 2-1, partage de fières origines algériennes.
  • Michael Olise, auteur d’un doublé sensationnel en fin de match (9,5/10), est le pur produit d’un multiculturalisme fascinant, né d’un père nigérian et d’une mère franco-algérienne.

Le terrain face aux discours de rupture

Alors que certains courants politiques s’évertuent à dépeindre l’immigration comme une menace ou un facteur d’affaiblissement pour le pays, ce match a rappelé que l’histoire contemporaine de la France, y compris ses plus belles pages sportives, est intrinsèquement liée à son ouverture sur le monde.

Le football ne résout pas, à lui seul, les fractures sociales ou les crises complexes, mais il agit comme un miroir brut de ce qu’est la société française d’aujourd’hui : multiple, interconnectée et forte de ses métissages. Lorsque le Stade de France a vibré à l’unisson pour célébrer ces quatre buts nés du génie d’enfants de l’immigration et d’un sélectionneur légendaire, c’est la démonstration concrète que l’excellence française s’écrit ensemble, loin des discours d’exclusion. Un rappel salutaire à méditer, sur les terrains comme dans les urnes.


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