Dix mois après le coup de sifflet final de la CAN 2025, la véritable finale se joue désormais à huis clos. Ce jeudi 8 octobre 2026, les couloirs feutrés du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) à Lausanne ont vibré pendant plus de cinq heures au rythme d’un litige sans précédent. D’un côté, le Sénégal qui défend son titre conquis de haute lutte sur le rectangle vert (1-0 a.p.). De l’autre, le Maroc armé du verdict sur tapis vert (3-0) de la Commission d’appel de la CAF. Mais au-delà des textes juridiques, c’est l’influence politique de la fédération marocaine (FRMF) qui crispe une grande partie du continent.
Le hold-up des bureaux face à la souveraineté de l’arbitre
Pour la Fédération Sénégalaise de Football (FSF), ce dossier relève de ce qu’elle a qualifié de « braquage administratif le plus grossier de l’histoire ». Le fond de l’affaire est connu : lors de la finale à Rabat, les Lions de la Téranga avaient momentanément quitté la pelouse pour contester un penalty accordé aux locaux, avant de revenir un quart d’heure plus tard. L’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala avait alors choisi de faire reprendre le jeu, validant de fait le sacre final du Sénégal.
Pourtant, en mars dernier, la commission d’appel de la CAF a appliqué une lecture ultra-stricte des articles 82 et 84 du règlement, transformant la fête de Dakar en triomphe sur tapis vert pour les Lions de l’Atlas. Une décision qui, selon les spécialistes, bafoue la règle suprême de l’International Board (IFAB) : la décision finale de l’arbitre sur le terrain est souveraine. [
Lausanne sous pression : Le mythe ou la réalité du lobbying de la FRMF
En coulisses, la colère gronde. Beaucoup d’observateurs du football africain voient dans le retournement de situation opéré par la CAF la marque indélébile du puissant appareil d’influence de Fouzi Lekjaa. Depuis plusieurs années, la FRMF a su tisser sa toile au sein des instances décisionnelles de la confédération africaine.
À Lausanne, ce réseau d’influence est-il capable de dicter sa loi ? Les regards se tournent inévitablement vers la formation arbitrale du TAS. Présidé par le Français Gérald Simon, accompagné de l’Allemand Ulrich Haas et de l’Italien Luigi Fumagalli, le panel se veut imperméable aux pressions politiques. Pourtant, dans l’opinion publique et le cœur des supporters africains, l’idée que le Maroc puisse faire basculer le droit grâce à son poids institutionnel alimente toutes les théories de corruption et de favoritisme. Le camp sénégalais, de son côté, rappelle avec ironie que l’avocat qui défend aujourd’hui les intérêts des Lions, Maître Seydou Diagne, est celui-là même qui avait fait plier la CAF au TAS en faveur… du Maroc lors de l’épisode de la CAN 2015.
L’avis de Shoot Africa : Un verdict pour l’honneur du continent
Comme l’a déclaré Abdoulaye Sow, secrétaire général de la FSF à sa sortie d’audience, ce combat se mène désormais « pour la dignité et pour l’honneur de l’Afrique ». Le directeur du TAS, Matthieu Reeb, a d’ores et déjà annoncé qu’aucune décision immédiate ne serait prise et qu’il faudrait attendre « quelques jours, voire quelques semaines » pour obtenir un verdict motivé.
Si le TAS valide la décision de la CAF, il créera un précédent dangereux où la diplomatie des couloirs aura définitivement enterré le mérite sportif. Pour l’intégrité du football africain, Lausanne doit prouver que le ballon rond se joue avec les pieds, et non pas à coups d’influence dans les salons dorés.
Par la rédaction de Shoot Africa

