Algérie : Et ça parle toujours de professionnalisation du football

Les 9 et 10 avril 2025, la Fédération algérienne de football a organisé, sous l’égide de la FIFA, un séminaire consacré à la professionnalisation du football. Un événement qualifié d’important pour accompagner et encadrer les clubs algériens dans leur processus de développement durable.

Pendant deux jours, les représentants des 16 clubs de la Ligue 1 Mobilis ont été conviés à suivre les présentations abordées par deux experts auprès de la FIFA, l’une sur la planification stratégique assurée par Laurent Colette, et l’autre sur la gouvernance, par Pedro Correia.

A l’issue de ce séminaire, au cours duquel un panorama des avancées des bonnes pratiques et des principes de management a été partagé, le représentant de la FIFA, Davis Ndayisenga, responsable du bureau régional pour l’Afrique du nord (UNAF) et l’Afrique centrale et de l’est (CECAFA) et le secrétaire général de la fédération algérienne de football ont remis des attestations de participation aux séminaristes d’un jour qu’ils mettront dans un joli cadre pour embellir leurs bureaux.

Ainsi, après quinze années de professionnalisation du football national en Algérie, on en est encore à des concepts basiques en matière de gestion, de gouvernance, de finances, de développement commercial ou encore dans l’organisation des matchs.

Au-delà de l’aspect médiatique et communicationnel que voudrait promouvoir la fédération à travers une activité comme celle de ce séminaire, de nombreux observateurs se posent la question sur le contenu de ce séminaire et ses attentes, alors qu’aucun support documentaire, ni des références d’ouvrages ou des liens spécifiques aux thématiques abordées n’ont été donnés aux séminaristes.

Ce fut beaucoup plus un coup de rafraichissement de notions et concepts censés être connus, appris et mis à jour par tous ceux chargés par le management des clubs professionnels à tous les niveaux.

Après une expérience de professionnalisation très spécifique à l’Algérie, pour ne pas dire controversée, où les clubs sont nourris à la mamelle de l’Etat à travers essentiellement des entités économiques et des subventions publiques, y compris les droits TV issus de l’unique diffuseur qu’est la télévision publique – alors qu’il y a une multitude de chaînes dites privées -, les sujets abordés, que les représentants des clubs eux-mêmes connaissent bien, sont en décalage avec la réalité du football national et l’environnement socioéconomique du pays.

L’objectif étant de renforcer les compétences des acteurs du sport-roi en Algérie qui ont, eux, les moyens par le biais de leurs sociétés par actions et donc leurs clubs respectifs de se mettre à niveau de façon régulière, alors qu’en réalité ils sont beaucoup plus dans une logique de dépense des deniers publics que celle de générer des revenus, sachant que ces derniers son rudimentaires.

Par ordre décroissant, la FIFA classe les revenus en sponsors, billetterie, salons / sièges VIP, abonnements, restauration, produits dérivés (merchandising), digital et e-commerce, alors que les revenus non-commerciaux sont les droits TV, les transferts de joueurs, les investissements et éventuellement les cessions d’actifs en cas d’urgence.

Quand on sait que la simple billetterie en Algérie est en elle-même une problématique en absence dans les stades de places numérotés, de système d’abonnement, de loges, de salons et d’espaces VIP, cela a des retombées sur le niveau des prix, de leur élasticité et de la mise en place du Yield-management.

Aujourd’hui, les clubs ont d’autres préoccupations, plus terre-à-terre, sur comment par exemple faire face à l’assainissement des dettes fiscales et parafiscales, dont les montants sont toujours énormes, car nécessitant une décision politique. Est-ce un rééchelonnement ou un effacement, comme souhaité par les acteurs du football ? La question demeure d’actualité.

Le volet juridique n’est pas sans importance également, car englobant les textes, règlements et décrets avec comme objectif celui d’asseoir une nouvelle base juridique mieux adaptée à la réalité du terrain, à l’environnement économique et aux objectifs assignés au projet de réforme du professionnalisme.

Ce qui amène à débattre du cahier des charges du professionnalisme, déjà cadré par la Confédération africaine de football depuis qu’elle a instauré la licence de club professionnel ainsi que la réglementation algérienne qui est en vigueur et qui mérite réflexion (voir le tableau ci-joint relatif aux documents constitutifs de demande de licence de club professionnel).

es acteurs du football, notamment les clubs professionnels, auraient aimé aussi débattre de la base juridique, mais dont l’application reste toujours discutable, d’où la nécessité de remettre de nouveau en place l’organe de contrôle et d’accompagnement, qu’est la DCGF (Direction de contrôle de gestion et des finances des clubs professionnels) dont la fédération a annoncé le retour depuis plusieurs mois.

Quand Walid Sadi, déclare que la fédération demeure constamment disposée à accompagner les clubs, il y a lieu d’écouter ces derniers et adapter l’accompagnement et l’encadrement à la réalité du terrain.

Quand, de son côté, le représentant de la FIFA, estime que le choix de l’Algérie, en tant que pays phare du continent n’est pas anodin, c’est une bonne chose, mais dire que la fédération est un modèle de gouvernance dont les clubs algériens gagneraient à s’y inspirer, c’est vraiment passer la pommade au moment où cette même instance est incapable de programmer un simple match de Ligue 2 amateur, le désormais MB Rouissat – USM El-Harrach !

En définitive, les clubs professionnels attendent des solutions concrètes à leurs problèmes ainsi que des réponses sérieuses à la gestion des infrastructures, la lutte contre la violence, le calendrier de la compétition, la programmation des journées de championnat, le contrôle des finances et de la gestion, la formation et le développement de la discipline, et bien d’autres problématiques qui pèsent au quotidien.

C’est plutôt l’effort qui reste à faire.

Classement actuel des SSPA de la Ligue 1 Mobilis

Class.Sociétés par actionsObservations
1Groupe SonatrachActionnaire majoritaire public
2Groupe MadarActionnaire majoritaire public
3MobilisActionnaire majoritaire public
4Groupe SerportActionnaire majoritaire public
5Groupe SonelgazActionnaire majoritaire public
6Faïenceries AlgériennesActionnaire majoritaire privé
7Naftal, filiale de SonatrachSponsor jusqu’à la fin de la saison
8Groupe GICASponsor jusqu’à la fin de la saison
9Enafor, filiale de SonatrachActionnaire majoritaire public
10ENTP, filiale de SonatrachActionnaire majoritaire public
11Hyproc, filiale de SonatrachActionnaire majoritaire public
12Algérie TélécomSponsor jusqu’à la fin de la saison
13SonaremActionnaire majoritaire public
14 ES MostaganemPas de sponsor ni d’actionnaire
15Groupe CosiderSponsor jusqu’à la fin de la saison
16DjezzySponsor jusqu’à la fin de la saison


Documents constitutifs de demande de licence de club professionnel

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