Le vent serait-il en train de tourner sur les bancs africains ? Longtemps dominé par des entraîneurs étrangers venus chercher une dernière opportunité loin de l’Europe, le football africain semble amorcer un changement de cap. De plus en plus de clubs choisissent désormais de faire confiance à des techniciens du continent.
La nomination de l’ancien international algérien Slimane Raho à la tête du TP Mazembe illustre parfaitement cette nouvelle dynamique.
Arrivé à Lubumbashi en janvier pour succéder à Lamine Ndiaye, le technicien franco-algérien n’a pas mis longtemps à imposer sa patte. En quelques semaines seulement, les Corbeaux ont retrouvé leur efficacité et leur domination en Linafoot, enchaînant les victoires et reprenant solidement la tête du championnat.
La victoire éclatante contre Union Sportive Panda B52 (3-0), marquée par un triplé de Dieubéni Ndongala, symbolise ce renouveau.
Mazembe retrouve son ADN
À 51 ans, Slimane Raho connaît déjà la maison. Ancien adjoint lors de la saison 2021-2022 aux côtés de Franck Dumas, il avait laissé le souvenir d’un technicien proche de ses joueurs et exigeant dans le travail.
Son retour comme entraîneur principal n’a rien d’un hasard. Mazembe cherchait un homme capable de stabiliser le vestiaire et de relancer la dynamique sportive.
Résultat : cinq victoires consécutives en championnat et un groupe qui semble avoir retrouvé confiance.
Mais au-delà des résultats, sa nomination raconte surtout une évolution plus profonde dans le football africain.
La fin d’un vieux réflexe : l’entraîneur étranger à tout prix
Pendant des décennies, de nombreux clubs africains ont privilégié des entraîneurs européens, parfois sans réelle expérience du continent.
Beaucoup arrivaient après avoir échoué dans leurs championnats respectifs, attirés par des salaires confortables et un marché encore peu structuré.
Cette logique commence aujourd’hui à être remise en question.
De plus en plus de dirigeants réalisent que les techniciens africains possèdent une meilleure compréhension du terrain, de la culture des vestiaires et des réalités locales.
Slimane Raho n’est d’ailleurs pas un pionnier isolé.
Une tradition algérienne sur les bancs africains

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Bien avant lui, plusieurs techniciens algériens ont marqué l’histoire du football en Afrique subsaharienne.
Dans les annĂ©es 1990, Rachid Cherradi faisait figure de pionnier. Il dirigeait le Vital’O FC au Burundi avant de prendre les commandes de l’emblĂ©matique Africa Sports d’Abidjan en CĂ´te d’Ivoire.
Plus tard, Kamel Djabour prenait les rênes de la sélection du Congo national football team, preuve que l’expertise nord-africaine pouvait s’exporter avec succès.
Aujourd’hui encore, cette tradition continue :
- Lakhdar Adjali dirige le Hafia FC en Guinée.
- Lounis Hattab occupe le poste stratégique de directeur technique national en Côte d’Ivoire.
Autant de trajectoires qui démontrent que le savoir-faire africain n’a rien à envier à celui importé d’ailleurs.
Un changement qui pourrait transformer le football africain
La réussite de Slimane Raho à Mazembe pourrait renforcer cette tendance.
Car lorsqu’un club aussi prestigieux que Mazembe réussit avec un entraîneur africain, le message envoyé au reste du continent est puissant.
Le talent existe en Afrique.
L’expérience aussi.
Ce qui manquait souvent, c’était simplement la confiance.
Si cette dynamique se confirme, l’avenir des bancs africains pourrait bien s’écrire… par des Africains.
Et l’histoire de Slimane Raho à Mazembe pourrait n’être que le début d’une nouvelle ère.

