ÉDITO — SHOOTAFRICA
1982–2026 : L’Algérie n’a rien oublié
Quarante-quatre ans. C’est long.
Suffisamment long pour que des générations entières grandissent avec une blessure que personne n’a jamais vraiment refermée : Gijón 82, le « match de la honte », cette mascarade qui priva l’Algérie d’un destin historique.
Car ce 25 juin 1982, ce n’est pas seulement un match que la RFA et l’Autriche ont assassiné.
C’est un rêve africain, un élan, une épopée portée par les Fennecs de Fergani, Dahleb, Madjer et Assad, prêts à devenir les premiers du continent à franchir le cap du premier tour d’une Coupe du monde.
L’Algérie avait déjà réalisé l’exploit :
➡️ Battre l’Allemagne de l’Ouest, championne d’Europe en titre.
➡️ Séduire la planète football.
➡️ Se mettre en position de qualification.
Mais dans l’ombre, les calculs arithmétiques dessinaient un piège :
La RFA, abasourdie par sa défaite face aux Fennecs, devait absolument s’imposer ;
L’Autriche, elle, pouvait perdre d’un ou deux buts et passer quand même.
Le décor du crime était planté.
25 juin 1982 : un but, puis un enterrement en direct
Dès la 11e minute, Hrubesch marque. 1–0.
Le score « parfait », celui qui arrangeait tout le monde… sauf l’Algérie.
Et puis, plus rien.
Le néant.
Deux équipes figées, deux nations européennes transformant une Coupe du monde en arrangement de couloir, en pacte silencieux sous les yeux d’un monde sidéré.
Des années plus tard, les masques tomberont :
• Jupp Derwall, sélectionneur allemand : « Nous voulions juste nous qualifier, pas jouer au foot. »
• Harald Schumacher, en 2008, avouant l’impensable : oui, il y avait accord.
Le football n’a jamais touché plus bas.
La FIFA, humiliée, dut changer son règlement : désormais,
➡️ tous les derniers matchs de poule se jouent à la même heure.
Une réforme née du sacrifice algérien.
2026 : Le destin n’oublie jamais
Et voilà que, 44 ans plus tard, le tirage du Mondial 2026 offre un scénario que même les plus grands écrivains du sport n’auraient osé imaginer :
Algérie – Autriche, dans le même groupe que l’Argentine et la Jordanie.
Le 27 juin 2026, à 5h du matin, à Kansas City, les Fennecs joueront un match qui dépasse l’enjeu sportif.
Un match où le passé se tiendra dans les tribunes.
Un match où chaque Algérien pensera à 1982.
Un match où l’histoire réclamera son dû.
Ce jour-là, l’Algérie ne jouera pas uniquement pour une qualification.
Elle jouera pour :
• les héros trahis de 82 ;
• les millions de supporters meurtris ;
• la dignité d’un football qu’on a voulu voler ;
• la justice qu’on n’a jamais vraiment obtenue.
En 1982, l’Autriche avait battu les Fennecs 2–0.
En 2026, ce ne sera plus le même monde.
Ni la même Algérie.
Ni la même vérité.
Cette fois, l’Algérie écrira elle-même son histoire—
et personne, personne, ne viendra l’en empêcher.

