L’Algérie a dominé le Soudan (3–0). Une victoire nette, collective, rassurante — exactement le genre de match qui doit cimenter un groupe.
Et pourtant, une image est venue assombrir la soirée au coup de sifflet final : la réaction de Baghdad Bounedjah envers le jeune Hadj Moussa.
Alors que la rencontre venait de se conclure, l’avant-centre s’est agacé d’une action précédente dans la surface. Geste brusque, reproches sévères — la scène a surpris par sa dureté, surtout envers un joueur encore en apprentissage. Dans la foulée, Riyad Mahrez accourt pour calmer les esprits et saluer son coéquipier ; Bounedjah refuse sèchement l’accolade. Les objectifs captent tout. Les réseaux s’en emparent. Et la question dépasse aussitôt l’anecdote.
Ce qui dérange, ce n’est pas l’exigence. On connaît Bounedjah : compétiteur, affamé de buts, souvent décisif — en témoigne sa superbe passe décisive sur le deuxième but.
Ce qui dérange, c’est la frontière franchie entre la soif de gagner et le respect du collectif.
Une équipe nationale n’est pas qu’un assemblage de talents : c’est un lieu de transmission. Les cadres y jouent un rôle clé, surtout auprès des plus jeunes. Dans ces moments, chaque geste devient un message — et celui-ci n’était pas le bon.
Mahrez, en capitaine, a tenté d’éteindre l’incendie. Louable. Mais la séquence rappelle une évidence : on ne bâtit rien de durable sur la frustration. La compétition exige du caractère — oui — mais aussi de la maîtrise, cette qualité qui transforme une colère en conseil, un reproche en accompagnement.
Au terme d’une victoire maîtrisée, l’Algérie aurait dû ne parler que football : pressing haut, justesse technique, solidité défensive. Au lieu de cela, c’est un geste d’agacement — après la fin du match — qui s’invite au débat. Dommage, et évitable.
Baghdad Bounedjah reste un atout majeur pour les Verts. Son apport, personne ne le conteste. Mais les symboles comptent : l’esprit de gagneur, c’est bien — l’esprit sportif, c’est mieux.
Savoir célébrer, encourager, corriger sans humilier : voilà ce qui soude un vestiaire et fait la différence dans les moments où tout se joue.
À l’heure où l’Algérie vise plus qu’une simple victoire de prestige, cette scène doit servir de piqûre de rappel. La performance naît du talent — la grandeur, elle, naît du respect.

