Algérie : Un ministère ‘’gelé’’ et un ministre ‘’menacé’’ !

Par S Abubakr

Depuis sa nomination à la tête du ministère des Sports, en novembre dernier, Walid Sadi, qui porte également la casquette de président de la Fédération algérienne de football, a une activité plutôt réduite dans un secteur censé être dynamique et réactif à souhait.

Il se murmure déjà dans les hautes sphères décisionnelles que la nomination de Walid Sadi à la tête d’un ministère aussi important et exposé médiatiquement que celui des Sports, – après sa séparation de la Jeunesse confiée à Mustapha Hidaoui -, est un mauvais casting !

En effet, après presque six mois comme ministre, les acteurs de ce secteur ne voient rien venir de la part de Sadi qui, dans un premier temps, devait attendre la publication de l’organigramme de son département pour donner une réelle impulsion.

Mais en dehors de cet aspect purement administratif et organisationnel, le ministre Sadi a limité ses activités et apparitions à la seule … fédération algérienne de football. Au point que plusieurs cadres de son secteur ont préféré rejoindre l’autre département, celui de la jeunesse, alors que d’autres se sont insurgés à travers des dénonciations par des voies informels auprès des hautes autorités.

Deux décrets consacrant le nouveau ministère

Ce n’est qu’au cinquième mois que le nouvel organigramme a été publié au niveau du journal officiel de la République algérienne (JORA) du 12 mars 2025. Ils sont deux Décrets exécutifs venus désormais consacrer les attributions et l’organisation de l’administration centrale, dont le projet a été rejeté à deux reprises avant qu’il ne soit approuvé par les services du Secrétariat général du gouvernement (SGG).

Il y a d’abord le Décret exécutif n°25-95 du 11 mars 2025 portant attributions du ministre des sports et le n°25-96 relatif à l’organisation de l’administration centrale dudit département ministériel.

Il était donc temps à ce que les choses se mettent en place et permettre au ministère de pouvoir fonctionner, au moment où plusieurs cadres commençaient à s’inquiéter, alors que d’autres ont préféré rejoindre le ministère de la jeunesse.

Outre les postes de secrétariat général, auquel sont rattachés deux directeurs d’études, un chef de cabinet assisté de six chargés d’études et de synthèse (CES), et l’inspection générale dont l’organisation et le fonctionnement sont définis par décret exécutif à venir, la nouveauté est la disparition de la Direction générale des sports, qui jusqu’ici représentait le point névralgique du ministère. N’ayant pas le statut de ministère de grande souveraineté, le ministère des sports se suffira de six directions.

Il s’agit de la direction des jeunes talents sportifs, du sport d’élite et de haut niveau et du sport en milieux d’éducation, d’enseignement supérieur et de formation et d’enseignement professionnels ; la direction des compétitions et de la promotion de la performance et des pratiques sportives ; la direction du suivi des établissements, de la vie associative, de l’éthique et de la médecine du sport ; la direction des infrastructures, des équipements et des études prospectives et des moyens ; la direction des ressources humaines, des finances et des systèmes informatiques ; la direction des affaires juridiques et de la coopération internationale.

Ces six directions centrales comprennent chacune des sous-directions (trois directions avec trois sous-directions, deux avec quatre sous-directions et une avec deux sous-directions), soit un total de dix-huit.

Une activité réduite et une première sortie ratée

Jusqu’à il y a une semaine et mis à part quelques couvertures médiatiques juste pour le paraitre, l’activité de Sadi le ministre n’avait pas photo avec celle de son homologue de la jeunesse, Mustapha Hidaoui, qui a fait étalage d’une activité intense, multipliant les déplacements et les sorties d’inspection, les réunions avec son encadrement et les cadres de son secteur ainsi que le mouvement associatif, et mettre comme cerise sur le gâteau la présentation au conseil des ministres du programme de son secteur pour la décennie 2025-2035.

A contrario, Sadi, qui passe son temps au siège de la fédération de football, n’a toujours pas décliné le moindre programme de son secteur, ni n’a réuni ses deux syndicats des travailleurs (UGTA et SNAPAP) pour s’enquérir des préoccupations des employés et personnels du département, ni avec l’Observatoire nationale des sports qui est censé suivre et évaluer la politique et les programmes dudit secteur.

D’aucuns s’interrogent sur les chantiers que devrait lancer le ministre pour mettre en œuvre les orientations du président de la république données en Conseil des ministres, notamment en ce qui concerne le sport scolaire et universitaire afin de donner un nouveau souffle à ce segment et d’élargir la base de détection des jeunes talents.

Après un mois de la publication des décrets cités plus haut, Sadi a décidé d’effectuer ses premières sorties sur le terrain, au niveau des wilayas de Khenchela et de Constantine, que beaucoup d’observateurs ont jugé de ratées, en raison de la faiblesse et la légèreté du discours et le manque de vision du ministre.

Au niveau central, le ministère attend toujours les nominations des différents directeurs et sous-directeurs alors qu’il y a urgence, d’autant que la plupart des fédérations n’ont toujours pas reçu leurs subventions et n’ont donc pas les moyens de mettre en place leurs programmes de développement et de préparation des futures échéances, dont certaines sont éminentes et d’une grande importance (continentales et mondiales).

Le regrettable, c’est que le ministre Sadi n’a toujours pas fait un diagnostic par rapport aux chantiers et problématiques de son secteur, ni pris en charge les dossiers relatifs aux aspects juridiques et réglementaires à travers des dizains de décrets exécutifs qui attendent d’être mis à jour et/ou en conformité, voir à mettre en harmonie.

Pour couronner le tout, le Sadi le ministre se fait menacer par un vulgaire youtubeur, le même à qui il a livré ses premières impressions lorsqu’il a intégré le Comité exécutif de la Confédération africaine de football, le 12 mars dernier au Caire, pour avoir suspendu l’arbitre international Mustapha Ghorbal suite à ses décisions jugées de scandaleuses lors du match Olympique Akbou – MC Alger.

Finalement, il faudrait attendre un éventuel remaniement ministériel pour espérer à ce que les choses reviennent à leur place et qu’un nouveau ministre aux compétences et aux qualifications éprouvées soit désigné pour remettre le secteur des sports sur de véritables rails.

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