ALGER – L’Algérie pleure, une fois encore, ses enfants tombés dans les tribunes d’un stade. Youcef Amghouzi et Sofiane Moulay, deux jeunes supporters du Mouloudia Club d’Alger (MCA), ont perdu la vie dans des circonstances dramatiques, à l’issue du dernier match de la saison 2024-2025, au stade du 5 Juillet 1962. Une tragédie qui ravive une douleur encore vive et pose une question devenue insupportable : comment peut-on encore mourir dans un stade de football, en 2025 ?
Une saison endeuillée du début à la fin
Le MCA, club centenaire et doyen du football algérien, aura vécu une saison marquée par le deuil, malgré le sacre de champion. Depuis plusieurs mois, les supporters du club algérois vivent entre passion et douleur, avec une succession de drames tragiques.
Déjà, en septembre 2024, l’émotion avait été immense avec la mort de Walid Bouaziz, 23 ans, tombé d’une tribune du stade Ali La Pointe de Douéra lors de son inauguration. Avant lui, Yassine Seghiri (mai 2024), et après lui Sofiane Ramadane (avril 2025), tous fans du MCA, avaient perdu la vie dans ou autour d’enceintes sportives.
Ce samedi 21 juin 2025, alors que le MCA célébrait un titre mérité, la fête a tourné au cauchemar. Des dizaines de supporters se sont retrouvés pris dans un mouvement de foule dans les tribunes supérieures, provoquant la chute de plusieurs d’entre eux dans la zone presse du stade.
Youcef et Sofiane, victimes de leur passion
Dans un premier temps, les services de la Protection Civile ont confirmé le décès de Youcef Amghouzi, jeune homme enthousiaste venu célébrer son club de cœur. Quelques heures plus tard, c’est Sofiane Moulay qui succombera à ses blessures à l’hôpital. Ils étaient jeunes, aimants, et ne demandaient qu’à vivre un moment de bonheur collectif.
Le dernier bilan communiqué par le ministère de la Santé fait état de 3 morts et 81 blessés — dont 6 en soins intensifs, répartis entre les hôpitaux de Beni Messous, Ben Aknoun et Bab El Oued.
Une infrastructure en question
Les images qui ont circulé sur les réseaux sociaux sont glaçantes. Elles montrent notamment des balustrades rouillées, manifestement fragilisées, susceptibles de céder sous la pression d’une foule en liesse. Ce n’est pas une première : en 2013 déjà, deux jeunes supporters de l’USM Alger étaient morts dans des circonstances similaires au même stade, suite à l’effondrement d’une tribune.
Ces drames soulèvent à nouveau la problématique de la sécurité dans les stades algériens, de la maintenance des infrastructures, et de la gestion des foules lors des événements sportifs. La passion ne devrait jamais se solder par un enterrement.
Un deuil national, des réponses attendues
Le Président Abdelmadjid Tebboune a présenté ses condoléances via un message personnel, tout en mandatant plusieurs responsables — notamment les ministres de la Santé, de la Jeunesse et des Sports — pour se rendre au chevet des blessés. Il a également ordonné l’ouverture immédiate d’une enquête afin de déterminer les causes précises de ce drame et d’établir les responsabilités.
Mais l’heure n’est pas qu’aux condoléances. La jeunesse algérienne, si attachée à son football, exige désormais des actes concrets : un audit généralisé des stades, un encadrement mieux formé, et des infrastructures sûres, à la hauteur des ambitions nationales.
Honneur à leur mémoire, respect à leur amour
Youcef Amghouzi et Sofiane Moulay incarnaient cette jeunesse algérienne passionnée, fière de ses couleurs, prête à tous les sacrifices pour vivre pleinement son attachement à un club, à une ville, à une histoire. Ils ont payé de leur vie un simple acte d’amour. Ce n’est ni acceptable, ni pardonnable.
Que Dieu les accueille dans Son vaste paradis, et que leur souvenir soit un appel à la conscience nationale. Plus jamais ça. Plus jamais un jeune ne doit quitter un stade autrement qu’avec des chants de victoire ou des larmes de défaite sportive, jamais dans un cercueil.

