En Algérie, une élimination au football devient toujours une affaire d’État. La sortie de route de l’équipe A’ en quart de finale du CHAN 2025 face au Soudan n’échappe pas à la règle. Sur les plateaux télé, on réclame déjà la tête de Madjid Bougherra, accusé d’être l’unique responsable de ce « fiasco ». Mais soyons sérieux : Bougherra n’est pas magicien.
Le procès absurde d’un sélectionneur
On demande aujourd’hui à Bougherra de transformer un karting en Formule 1. La métaphore est cruelle, mais elle résume parfaitement la situation. Comment reprocher à un entraîneur de ne pas faire briller des joueurs issus d’un championnat en crise, gangrené par les retards de paiement, les scandales de gestion et un niveau technique désespérément faible ?
Le CHAN n’est pas la CAN. C’est une vitrine du football local. Or, notre championnat ne produit plus rien de compétitif. Les clubs algériens disparaissent trop tôt en coupes africaines, les centres de formation sont désertés et les talents préfèrent fuir à l’étranger dès qu’ils en ont l’opportunité.
Un match dominé, une élimination cruelle
Contre le Soudan, l’Algérie n’a pas été ridicule. Bien au contraire : domination, occasions, intensité… Les Verts locaux ont tenté, mais ont manqué de réalisme. Le football a ses lois : quand on rate, on paie. En face, les Soudanais présentaient une équipe bien huilée, bâtie autour du noyau dur d’Al Merreikh, l’un des géants du continent, habitué des derniers carrés africains.
Il ne s’agit donc pas d’une honte nationale, mais d’une défaite logique face à une équipe mieux armée.
Le vrai problème est ailleurs
Pointer Bougherra du doigt, c’est se tromper de combat. Le vrai drame, ce n’est pas un quart de finale perdu au CHAN, mais l’état catastrophique du football algérien local. Tant que la Ligue 1 Mobilis restera un championnat faible, tant que les clubs n’auront pas une vision claire et moderne, tant que la formation ne redeviendra pas une priorité, l’équipe A’ ne pourra pas rivaliser avec les meilleures sélections africaines.
Conclusion : un faux coupable
Bougherra n’a pas à rougir. Il a fait avec ce qu’il avait. Le procès qu’on lui fait est injuste, presque hypocrite. La vérité est simple : le problème est structurel, pas conjoncturel. Ce n’est pas la tête de Bougherra qu’il faut demander, mais une réforme profonde de notre football.
En attendant, continuons à nous indigner devant nos écrans. Mais gardons une chose en tête : tant que le championnat algérien n’évoluera pas, personne – pas même Bougherra – ne pourra transformer un karting en Formule 1.

