Il y a les mots, et puis il y a l’art de les choisir. En affirmant dans L’Équipe que « la sélection algérienne, les supporters venus d’Algérie ou de tous les coins du monde seront accueillis dans un pays qui leur a toujours consacré un accueil chaleureux », Faouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football, n’a pas seulement livré une promesse d’hospitalité. Il a, en réalité, dessiné les contours d’une diplomatie du football où chaque phrase compte, et où le ballon rond devient un message adressé bien au‑delà des tribunes.
À quelques mois d’une CAN masculine historique organisée sur ses terres — et à cinq ans du Mondial 2030 que le royaume co‑organisera — le Maroc veut apparaître comme un havre de paix et d’ouverture. Derrière le vernis de la déclaration, Lekjaa parle surtout au monde : regardez, même nos rivaux historiques, nous les accueillerons les bras ouverts. Un geste de soft power assumé, destiné à rassurer la FIFA, à séduire l’opinion publique internationale et à affirmer que, malgré les tensions diplomatiques, le Maroc place le sport au‑dessus des querelles d’États.
Mais le propos va plus loin. En évoquant « les familles algériennes qui vivent déjà sur le territoire marocain », Lekjaa trace une frontière implicite entre le peuple algérien et ses dirigeants. Oui, dit‑il, le Maroc restera fraternel avec les Algériens eux‑mêmes — laissant entendre que, si conflit il y a, il n’est pas le fait des citoyens, mais d’une classe politique rivale. Subtile façon d’isoler le pouvoir algérien, tout en affichant une image de sagesse et de grandeur.
Enfin, cette promesse d’accueil, répétée et martelée, est aussi une assurance tous risques : si jamais incidents ou tensions apparaissaient pendant la compétition, le Maroc pourra se poser en victime de circonstances extérieures, ayant tout fait pour garantir un climat de fête.
En diplomatie comme sur le terrain, le Maroc joue collectif et soigne son image. Car au fond, cette CAN n’est pas seulement une compétition : c’est une répétition générale avant 2030. Et quoi de mieux pour convaincre la planète football que d’afficher un large sourire, même face au voisin le plus difficile ?

