La qualification de la sélection algérienne des moins de 17 ans pour la Coupe du monde 2026 au Qatar est, évidemment, une bonne nouvelle. Dix-sept ans après la première et unique participation des cadets algériens au Mondial U17, les Verts retrouvent une scène internationale qui leur avait échappé pendant près de deux décennies. Sur le papier, l’exploit mérite d’être salué. Mais derrière l’euphorie de la qualification, une autre réalité mérite d’être interrogée : celle du modèle de formation adopté par la Fédération algérienne de football.
Aujourd’hui, dans presque toutes les catégories de jeunes, la FAF semble avoir choisi une voie claire : celle du recours massif aux joueurs issus de la diaspora. Des profils formés en France, en Belgique, aux Pays-Bas ou ailleurs, souvent repérés très tôt et intégrés comme une solution immédiate pour renforcer le niveau compétitif des sélections nationales. Le raisonnement paraît logique : bénéficier d’une formation européenne plus structurée et d’un environnement professionnel plus avancé.
Mais au fond, cette politique révèle surtout une perte de confiance dans le produit local.
Et pourtant, à chaque compétition, les faits viennent rappeler une vérité que certains dirigeants refusent de voir : lorsque l’équipe montre du caractère, de la personnalité et une véritable identité de jeu, ce sont souvent les joueurs formés en Algérie qui émergent. Lors du récent tournoi qualificatif, les noms qui ont laissé la meilleure impression sont ceux d’Ayoub Dahmas, défenseur de l’USM Alger, et de Yacine Abed, ailier du Paradou AC. Deux joueurs issus du championnat national, deux profils façonnés dans les académies locales, deux éléments qui ont apporté intensité, engagement et personnalité.
Ce n’est pas un hasard.
Le joueur local possède quelque chose que les statistiques ne mesurent pas toujours : une connexion instinctive avec le maillot national. Il grandit dans les quartiers où le football n’est pas seulement un sport, mais une culture populaire, une passion quotidienne, parfois même un ascenseur social. Il connaît la pression, l’exigence du public algérien, l’importance symbolique de représenter le pays. Cette fibre-là ne s’achète pas et ne se détecte pas dans une simple vidéo envoyée depuis un centre de formation européen.
Attention : il ne s’agit pas d’opposer diaspora et locaux. L’Algérie a toujours bénéficié de l’apport de joueurs binationaux de grande qualité. Des générations entières ont porté haut les couleurs nationales grâce à ce mélange. Mais le problème commence lorsque la diaspora devient non plus un complément, mais une dépendance. Lorsque les clubs locaux ne produisent plus l’ossature des sélections. Lorsque l’on considère presque automatiquement qu’un joueur formé en Europe est supérieur à un joueur formé en Algérie.
Car cette logique est dangereuse.
Elle tue la formation nationale à petit feu. Pourquoi investir sérieusement dans les académies locales si la priorité est donnée aux joueurs venus de l’étranger ? Pourquoi développer les éducateurs, les infrastructures et les championnats de jeunes si, au final, les portes des sélections s’ouvrent davantage aux profils importés ?
Le paradoxe est cruel : malgré les difficultés structurelles du football algérien, malgré le manque de moyens, malgré des terrains parfois indignes, les talents locaux continuent d’émerger. Ils émergent parce que le football algérien reste une terre naturelle de joueurs. Une terre brute, imparfaite, mais profondément fertile.
En 2009 déjà, lorsque l’Algérie avait atteint la finale de la CAN U17 avant de participer au Mondial au Nigeria, l’équipe était majoritairement composée de joueurs du cru. Plusieurs noms avaient ensuite confirmé au plus haut niveau. Cette génération possédait une identité claire, un ancrage local, une âme collective.
Aujourd’hui, le risque est de fabriquer des sélections sans continuité, sans culture commune, assemblées au gré des détections à l’étranger. Une équipe nationale ne peut pas devenir une simple vitrine de recrutement international. Elle doit rester le reflet de son football domestique.
La FAF doit comprendre une chose essentielle : le salut du football algérien ne viendra jamais uniquement des centres de formation européens. Il viendra d’abord d’Alger, d’Oran, de Constantine, de Tizi Ouzou, de Béjaïa ou d’Adrar. Il viendra des clubs qui travaillent dans l’ombre. Il viendra des éducateurs oubliés. Il viendra surtout de cette jeunesse locale qui continue de rêver football malgré toutes les difficultés.
Et finalement, cette CAN U17 aura peut-être rappelé la leçon la plus importante : même dans une équipe remplie de joueurs venus d’ailleurs, ce sont encore les enfants du pays qui donnent le plus d’espoir.

