Pendant 45 jours, ShootAfrica a sillonné l’Algérie, d’Alger à Sétif, en passant par Béjaïa, Akbou et Boufarik. Dans chaque ville, la même histoire se répète : derrière chaque enfant qui tape dans un ballon, il y a un père qui court, qui dépense, qui sacrifie pour que son fils ait la chance de rêver.
Alger : l’ingénieur du dimanche
À El Harrach, nous avons rencontré Rachid, 45 ans, technicien dans une usine. Ses semaines sont harassantes, mais chaque dimanche, il se transforme en entraîneur improvisé.
« Je n’ai pas fait d’études, je travaille beaucoup… alors je veux que mon fils ait une chance, peut-être par le football. Je l’emmène à tous ses matchs, je crie plus fort que l’entraîneur ! »
Rachid dépense presque un quart de son salaire dans les chaussures et les déplacements. Son fils, Adem, 11 ans, joue attaquant dans un petit club de quartier.
Sétif : le chauffeur infatigable
À El Eulma, près de Sétif, Noureddine, chauffeur de taxi, parcourt chaque soir 20 kilomètres pour accompagner son fils Yacine, 13 ans, aux entraînements.
« Je fais 12 heures de taxi par jour, mais je garde toujours un peu d’énergie pour lui. Quand je le vois marquer, je me dis que ça valait la peine de rouler encore plus. »
Le coût de l’essence, les ballons, les crampons… Noureddine avoue parfois devoir repousser certaines factures pour que son fils n’arrête pas.
Béjaïa : le pêcheur passionné
Sur le port de Béjaïa, Amar, pêcheur de sardines, vend chaque matin sa marchandise. Avec ce qu’il gagne, il paie la licence et l’équipement de son fils Sofiane, 10 ans.
« Parfois, la pêche est mauvaise. Alors je dis à ma femme qu’on se débrouillera, mais le ballon, lui, il doit toujours l’avoir. »
Ses mains abîmées par le sel et les filets s’illuminent quand il parle des dribbles de Sofiane.
Akbou : Azzedine, le fonctionnaire dévoué
À Beni-Mansour, près de Bouira, Azzedine, fonctionnaire, se lève chaque jour avec la même mission : emmener son fils Walid, 12 ans, s’entraîner avec les jeunes de l’Olympique Akbou.
« Tous les jours, c’est 50 kilomètres aller-retour. Je pars du travail, je prends la voiture et je l’accompagne. C’est fatigant, mais je sais qu’il a du potentiel et je ne veux pas briser son rêve. »
Entre le carburant, les chaussures, les déplacements, le budget familial est serré. Mais Azzedine n’hésite pas une seconde : « Tant que je peux, je ferai la route. »
Boufarik : le père qui rêve en silence
À Boufarik, terre de football populaire, nous rencontrons Karim, 50 ans, gardien de parking. Son fils Riad, 14 ans, est gardien de but dans une petite académie locale.
« Moi, je n’ai jamais eu l’occasion de jouer au foot sérieusement. Quand je vois mon fils plonger, arrêter des penalties, c’est comme si je revivais mon propre rêve. »
Karim dort peu, travaille la nuit et passe ses journées au bord du terrain.
Ces pères, héros silencieux
Ces portraits ne sont pas isolés. Partout en Algérie, des pères se lèvent tôt, travaillent dur, se privent pour que leurs fils aient la chance de taper dans un ballon. Transport quotidien, équipement coûteux, sacrifices familiaux… derrière chaque but inscrit par un enfant, il y a souvent un père qui s’est épuisé pour rendre cela possible.
Après 45 jours passés au cœur de ces familles, une vérité s’impose : le football algérien est aussi construit sur les épaules de ces papas courageux.
À tous ces héros de l’ombre, ShootAfrica adresse un immense bravo.

