Dans un contexte où chaque supporter, armé de son smartphone, se rêve sélectionneur, Madjid Bougherra trace sa route avec une assurance rare. Critiqué pour avoir privilégié l’expérience au détriment d’un rajeunissement attendu, le sélectionneur national pourrait pourtant être celui qui a vu juste avant tout le monde. Et les premiers matchs de la compétition sont en train de lui donner raison.
L’expérience comme boussole
Bougherra connaît mieux que personne les exigences d’un tournoi court, intense, parfois imprévisible. Lui qui a remporté la dernière édition sait qu’une compétition ne se gagne pas uniquement au talent, mais avec des joueurs capables de gérer les moments chauds, ceux qui basculent un match ou un parcours.

En faisant le choix d’embarquer des cadres comme Islam Slimani, Yacine Brahimi ou encore Yassine Benzia, il a clairement misé sur la solidité mentale, la culture de la gagne et cette soif de revanche qui anime ceux qui veulent terminer leur carrière internationale sur un dernier coup d’éclat. Des joueurs qui ne tremblent pas, même quand le contexte devient hostile.
Un savant mélange de champions
La liste de Bougherra n’est pas qu’un regroupement de vétérans : elle est un cocktail équilibré où se retrouvent des champions arabes 2021, des champions d’Afrique 2019 et les meilleurs éléments du championnat local. Une combinaison pensée pour maintenir un haut niveau de compétitivité tout en assurant la transmission du vécu à la jeune garde.
Cette cohérence sportive a pourtant été vivement discutée dans le pays. Les réseaux sociaux, désormais véritables places publiques instantanées, ont généré un flot de critiques, analyses improvisées et indignations. Mais la vérité du terrain, elle, reste implacable.
Une compétition qui déjoue les pronostics
Le début du tournoi a déjà mis en lumière la valeur de l’expérience. Les favoris chancellent, et les surprises s’enchaînent :
- La Syrie qui s’offre une victoire retentissante face à la Tunisie, pourtant l’un des noms les plus solides du continent.
- La Palestine, héroïque, qui renverse le pays hôte, le Qatar.
- L’Arabie Saoudite, grande puissance régionale, qui peine à s’imposer face à Oman après une prestation loin d’être convaincante.
Dans ce chaos sportif où la hiérarchie théorique est mise à mal, une constante se dégage : les équipes qui s’en sortent sont celles capables de gérer la pression, d’être réalistes et disciplinées. Autrement dit, celles portées par des joueurs aguerris.
Bougherra, la vision d’un homme de tournoi
Si certains doutaient encore, ces premiers résultats rappellent que dans les compétitions où le piège peut venir de partout, mieux vaut avoir des soldats expérimentés que des talents encore en construction.
Le choix de Bougherra n’est donc pas un retour en arrière : c’est un acte réfléchi, un pari assumé sur la fiabilité plutôt que sur l’esbroufe. Et si l’Algérie parvient à maintenir son cap, cette équipe-là pourrait bien aller au bout, portée par des hommes qui savent ce que gagner veut dire.
Le terrain commence déjà à lui donner raison.
Et l’histoire pourrait bien se charger de faire taire les critiques.

