Le procès des anciens dirigeants de la Fédération algérienne de football (FAF), impliquant notamment Kheireddine Zetchi, Charaf-Eddine Amara et Djahid Zefizef, est entré dans sa phase finale devant le pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed (Alger). Après deux ans d’instruction et six reports successifs, les débats judiciaires ont enfin mis en lumière la teneur des accusations et les arguments de la défense. Entre réquisitions sévères et zones d’ombre procédurales, retour factuel sur un dossier qui secoue les instances du football national.
Des réquisitions à la hauteur des enjeux financiers
Le ministère public n’a pas fait dans la demi-mesure en requérant 10 ans de prison ferme et 5 millions de dinars d’amende contre les trois anciens présidents de la FAF. Quatorze autres prévenus, anciens cadres et membres des bureaux fédéraux successifs, font face à des peines allant de 2 à 7 ans de prison ferme.
L’accusation repose sur un préjudice financier global chiffré par l’instruction à 90 milliards de centimes (900 millions de dinars). Les délits poursuivis concernent principalement la passation de contrats en violation des réglementations internes, la mauvaise gestion administrative, l’abus de fonction et la dilapidation de deniers publics.
Au cœur des débats : Adidas et Concorde Voyages
Durant les auditions, le tribunal s’est particulièrement penché sur les volets contractuels du mandat de Kheireddine Zetchi (2017-2021) :
- Le contrat de l’équipementier Adidas : La justice s’interroge sur le recours à un intermédiaire étranger pour la gestion des dotations de l’équipe nationale.
- Le dossier Concorde Voyages : L’agence de voyage tunisienne utilisée pour les déplacements des sélections a fait l’objet de longs interrogatoires quant aux modalités de paiement et d’attribution du marché.
La stratégie de la défense : Contester les bases du dossier
Face aux accusations, les avocats de la défense ont axé leur plaidoirie sur la fragilité technique des preuves matérielles présentées :
- L’expertise de l’IGF contestée : La défense a formellement demandé le rejet du rapport de l’Inspection générale des finances (IGF). Selon les avocats de Djahid Zefizef, le document produit s’apparente à un « audit interne non signé », ce qui entacherait sa validité juridique comme preuve de culpabilité.
- L’absence d’enrichissement personnel : À aucun moment de l’enquête il n’a été prouvé de détournement de fonds à des fins personnelles. La défense soutient que les griefs relèvent de choix de gestion ou de lourdeurs bureaucratiques internes, et non d’actes criminels de corruption active.
- La validité de la partie civile : Les conseils des prévenus ont soulevé une exception de procédure concernant la constitution du ministère de la Jeunesse et des Sports comme partie civile, invoquant de possibles chevauchements réglementaires.
Les révélations d’audience
Parmi les moments forts, le témoignage de l’ancien manager général, Amine Labdi, a marqué les esprits. Ce dernier a affirmé devant la juge avoir exercé à titre bénévole, tout en précisant que les primes ou salaires perçus par d’autres dirigeants de l’époque (faisant écho à l’actuel président Walid Sadi) provenaient de subventions spécifiques attribuées par les services du Premier ministère, et non du budget de fonctionnement propre à la FAF.
L’attente du verdict
Alors que les plaidoiries se sont achevées dans une salle d’audience marquée par d’importants dysfonctionnements techniques (notamment sur le système de sonorisation rendant les dépositions difficilement audibles), l’affaire a été mise en délibéré.
Le verdict, attendu dans les prochains jours, déterminera si le tribunal retient la qualification pénale de fraude financière ou s’il validera la lecture de la défense, qui plaide l’absence d’intention criminelle dans la gestion d’une institution associative complexe. Une affaire suivie de très près par la communauté sportive et les observateurs de la gouvernance en Algérie.

