La scène est devenue presque banale : conférence de presse d’avant-match, question d’un journaliste marocain, regard noir de Walid Regragui, puis une réplique cinglante, parfois ironique, souvent sèche. Le sélectionneur Marocain semble désormais plus à l’aise dans les duels verbaux que dans les échanges apaisés. Une routine qui s’est installée depuis des mois, au point de détourner l’attention des enjeux sportifs.
À l’approche de la CAN 2026, ce climat délétère entre Regragui et une frange des médias marocains interroge. Comment a-t-on pu en arriver à cette rupture ouverte, quasi systémique, entre un sélectionneur et une partie importante de ceux censés accompagner, analyser, voire critiquer son travail ?
Il faut d’abord rappeler une vérité de fond : Walid Regragui n’a jamais entretenu de rapports sereins avec les médias depuis sa prise de fonction. Même au lendemain de la demi-finale historique de Coupe du monde 2022, l’euphorie n’a pas suffi à adoucir ses rapports avec la presse nationale. Très vite, des tensions ont émergé. Certains journalistes lui reprochaient un ton condescendant, d’autres des réponses agressives dès qu’une question dépassait le cadre consensuel.
Mais la responsabilité est partagée. Une partie de la presse sportive marocaine, sensationnaliste voire provocatrice, semble avoir adopté une posture de défi permanent. Questions mal posées, insinuations, critiques personnelles : à force de jouer la carte du clash, certains médias ont eux-mêmes nourri ce cercle vicieux. Le dialogue est devenu impossible, remplacé par une guerre de tranchées où chaque mot est une balle tirée en plein point presse.
Le problème dépasse l’homme Regragui. Il reflète aussi une crise plus profonde entre le football marocain dans son ensemble et sa sphère médiatique. D’un côté, une génération de journalistes frustrés d’être tenus à l’écart, parfois méprisés par des instances fédérales hermétiques. De l’autre, une élite technico-sportive qui se méfie des journalistes, les accuse de chercher le buzz ou de saboter les projets.
Le résultat est là : un climat délétère à la veille d’une compétition majeure. Une sélection sous tension, un sélectionneur constamment sur la défensive, et une presse divisée entre détracteurs obsessionnels et défenseurs aveugles.
La question est simple : jusqu’à quand cela tiendra-t-il ? Regragui peut-il mener une équipe à la victoire dans un tel climat de suspicion ? Peut-on construire une dynamique nationale quand chaque prise de parole est un règlement de comptes ? A suivre……

