ÉDITORIAL | Pape Thiaw sacrifié, les vrais coupables sont toujours en place !

Une fois de plus, le football africain vient de choisir la solution de facilité.

Après l’élimination du Sénégal lors de la Coupe du monde 2026, c’est Pape Thiaw qui a été poussé vers la sortie. Le sélectionneur des Lions de la Teranga a été limogé, tandis que ceux qui dirigent le football sénégalais restent tranquillement à leur poste.

Comme si le problème venait uniquement du banc de touche.

Pourtant, une question dérange : comment peut-on exiger des résultats exceptionnels d’un sélectionneur qui aurait travaillé pendant des mois dans des conditions difficiles, avec des retards de rémunération évoqués publiquement ? Malgré cette situation, Pape Thiaw n’a jamais abandonné son poste. Il a continué à préparer son équipe, à défendre les couleurs du Sénégal et à assumer ses responsabilités jusqu’au bout.

Combien d’autres auraient accepté de travailler sans être payés ?

Au lieu de reconnaître les dysfonctionnements qui ont entouré la préparation des Lions, la Fédération a préféré désigner un coupable. Une décision qui ressemble davantage à un écran de fumée qu’à une véritable remise en question.

Le plus inquiétant est que cette histoire n’est pas un cas isolé.

Du nord au sud du continent, combien de sélectionneurs ont été sacrifiés pour masquer les carences de leurs fédérations ? Combien de techniciens ont été licenciés alors que les véritables problèmes étaient ailleurs : gouvernance défaillante, manque d’anticipation, instabilité administrative, retards de paiement, absence de projet sportif cohérent ?

L’Afrique regorge de joueurs capables de rivaliser avec les meilleures nations du monde. Ses entraîneurs sont compétents. Ses supporters sont parmi les plus passionnés de la planète. Mais le véritable frein au développement du football africain reste trop souvent la qualité de sa gouvernance.

Changer un sélectionneur est simple.

Réformer une fédération est beaucoup plus difficile.

C’est pourtant cette révolution que le football africain attend depuis des années.

Pape Thiaw est aujourd’hui le visage d’un problème beaucoup plus profond. Son départ ne résoudra rien si les pratiques qui fragilisent les sélections nationales perdurent.

Le football africain ne progressera réellement que lorsque les dirigeants accepteront d’être évalués avec la même exigence que les entraîneurs. Les résultats appartiennent à tout un écosystème. Quand une équipe échoue, la responsabilité ne peut pas reposer sur un seul homme.

Le jour où les présidents de fédérations répondront eux aussi de leurs choix, de leur gestion et de leurs décisions devant l’opinion publique, le football africain aura franchi un immense pas vers la modernité.

En attendant, les entraîneurs continuent de sauter les uns après les autres… pendant que les véritables décideurs restent, eux, solidement installés.

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