À 24 heures de la liste des Fennecs, le grand cirque des “sélectionneurs” des réseaux sociaux tourne déjà à plein régime.
À 24 heures de la publication de la liste des Fennecs pour le stage de septembre et les deux rendez-vous officiels face à la Zambie, le 25 septembre, puis au Burundi, le 29, les milliers de « sélectionneurs » des réseaux sociaux sont déjà à l’œuvre.
Chacun y va de sa liste. Chacun possède ses titulaires, ses remplaçants, ses exclus et, surtout, ses certitudes.
C’est devenu la nouvelle mode.
Un gamin de 10 ans possède aujourd’hui un compte sur TikTok, Instagram, Facebook ou X et peut, en quelques secondes, s’improviser sélectionneur national. Pourquoi pas ? Le football appartient à tout le monde. Le débat, la passion et même la critique sont légitimes.
Mais depuis quelque temps, nous avons franchi une autre étape : celle où l’opinion instantanée prétend remplacer la compétence.
30 secondes pour juger un joueur… quand un match en dure 90
La culture du vide a trouvé dans les réseaux sociaux un formidable terrain d’expression.
Une vidéo de vingt ou trente secondes suffit désormais pour transformer un joueur en génie, en futur titulaire des Fennecs ou en « pépite » incontournable.
Un dribble, une frappe, une passe, un but… et voilà le verdict.
On oublie simplement une chose : un match de football ne dure pas trente secondes.
Il faut regarder les déplacements, les choix, le comportement sans ballon, le replacement, la lecture du jeu, la régularité, la capacité à répéter les efforts, la réaction sous pression, le niveau de l’adversaire et bien d’autres paramètres encore.
Les professionnels du football le savent.
Un entraîneur, un scout ou un analyste formé au métier peut passer des heures, parfois des jours et des mois, à observer un joueur avant de se prononcer sur sa véritable valeur.
Sur les réseaux sociaux, certains mettent vingt secondes.
Voilà toute la différence.
Le football n’est pas une compilation YouTube
Le problème n’est évidemment pas que les supporters donnent leur avis.
Le problème commence lorsque l’extrait devient la réalité, lorsque la compilation devient l’analyse et lorsque l’algorithme devient l’expert.
On ne juge plus un joueur sur sa saison, mais sur une action.
On ne regarde plus un match, on regarde une séquence.
On ne construit plus une réflexion, on cherche à faire du buzz.
Et les fameux « charognards de l’information » l’ont parfaitement compris. Ils récupèrent une image, une déclaration, une vidéo, un extrait de match et fabriquent autour de quelques secondes une prétendue vérité que des milliers d’internautes vont ensuite reprendre, partager et commenter.
La vitesse a remplacé la vérification. Le buzz a remplacé l’analyse. L’affirmation a remplacé l’expertise.
Mais qui sommes-nous devenus ?
Le plus inquiétant n’est peut-être même pas le phénomène lui-même.
C’est de voir à quel point nous l’acceptons.
Dans le football comme ailleurs, la compétence semble parfois devenue secondaire. Celui qui parle le plus fort prend le dessus sur celui qui connaît le mieux son sujet. Celui qui possède le plus d’abonnés est présenté comme plus crédible que celui qui possède une formation et une expérience du terrain.
Depuis quand le nombre de vues constitue-t-il un diplôme ?
Depuis quand une vidéo de 30 secondes permet-elle de remettre en cause le travail de personnes qui observent, analysent et préparent une sélection pendant des semaines ?
Le football moderne exige de la précision, de la connaissance et du travail.
La sélection nationale encore davantage.
La liste des Fennecs ne se construit pas sur TikTok
Demain, la liste sera publiée.
Certains applaudiront.
D’autres hurleront au scandale.
Certains joueurs seront réclamés, d’autres contestés, et les réseaux sociaux connaîtront une nouvelle journée de folie.
C’est le jeu.
Mais derrière cette agitation permanente, il serait peut-être temps de rappeler une évidence : une équipe nationale ne se construit pas avec des vidéos virales.
Elle se construit avec une vision, une analyse, une connaissance des joueurs, des profils, des besoins de l’équipe et des réalités du haut niveau.
Le supporter a le droit de rêver.
Le journaliste a le devoir d’informer.
L’analyste doit argumenter.
Le sélectionneur, lui, doit décider.
À chacun son rôle.
Parce qu’à force de vouloir donner le pouvoir à ceux qui parlent le plus vite, nous finirons peut-être par oublier ceux qui travaillent réellement.
Et c’est peut-être cela, finalement, le véritable danger.
Quand la médiocrité devient majoritaire, elle finit par se faire passer pour la norme.
Alors, à la veille de la liste des Fennecs, une simple question mérite d’être posée :

