L’ancien n° 10 des Bleues, Michel Platini, et Sepp Blatter, ex-président de la Fifa, comparaissent à partir de ce mercredi 8 juin en Suisse pour escroquerie. Retour en cinq dates sur cette affaire de paiement suspect qui a brisé leur carrière alors qu’ils étaient au sommet de la pyramide du football mondial.
Michel Platini et Sepp Blatter sont arrivés en Suisse. Les deux hommes, à la tête du football européen et mondial il y a encore quelques années, se retrouvent au Tribunal pénal fédéral de Bellinzone, où leur procès se tient à partir de ce mercredi et ce jusqu’au 22 juin. Les deux alliés, devenus rivaux après une guerre de pouvoir pour le poste de président de la Fifa, sont jugés pour « escroquerie », « gestion déloyale », « abus de confiance » et « faux dans les titres ». Le parquet accuse les deux anciens dirigeants d’avoir « obtenu illégalement, au détriment de la Fifa, un paiement de 2 millions de francs suisses » (1,8 million d’euros) « en faveur de Michel Platini ». Retour en cinq dates sur cette affaire qui a provoqué leur chute et leur mise au ban du football mondial.
25 septembre 2015 : le début du scandale
Le procureur général de Suisse ouvre une procédure pénale contre Sepp Blatter, président de la Fifa démissionnaire, pour « soupçon de gestion déloyale » et « abus de confiance ». C’est un nouveau rebondissement pour l’instance du football mondial quatre mois après la révélation du Fifagate, une vague de scandales et d’enquêtes liés à des pots-de-vin. Le dirigeant est soupçonné d’avoir ordonné un « paiement déloyal » de 2 millions de francs suisses en faveur de Michel Platini en février 2011, soit neuf ans après la fin de son travail de conseiller entre janvier 1999 et juin 2002.
Les enquêteurs auditionnent Joseph Blatter « en qualité de prévenu », et en parallèle, Michel Platini est entendu « en qualité de personne appelée à donner des renseignements ». Cette procédure judiciaire intervient deux mois à peine après que l’ancien capitaine des Bleus a officiellement annoncé sa candidature à la présidence de la Fifa, dont l’élection est fixée au 26 février 2016. Grandissime favori, il voulait succéder à son ex-mentor, poussé à la démission après la révélation de l’affaire du Fifagate.
8 octobre 2015 : un piédestal qui vacille
Les ambitions de Michel Platini sont vite freinées. Il est suspendu provisoirement 90 jours de ses fonctions par la commission d’éthique de la Fifa, au même titre que Sepp Blatter. Malgré tout, l’ex-n° 10 des Bleus maintient sa candidature. « Plus que de l’injustice ou un esprit de revanche, c’est un profond sentiment de révolte farouche qui m’anime, déclare-t-il dans un communiqué. Rien ne me fera renoncer à cet engagement. »
21 décembre 2015 : le rêve de Platini vole en éclats
Mais le couperet tombe : à moins de deux mois de l’élection, les deux hommes sont finalement suspendus huit ans de toute activité dans le football. Si les charges de corruption n’ont pas été retenues, la commission d’éthique a estimé qu’ils avaient abusé de leur position et les a jugés coupables de « conflit d’intérêts » et « gestion déloyale ». Avec cette sanction, la candidature de Platini à la présidence de la Fifa est enterrée. Il annonce y renoncer en janvier.
Le 24 février, la chambre d’appel de la Fifa réduit les suspensions des deux anciens dirigeants de huit à six ans. Celle du Français est de nouveau réduite, de six à quatre ans, le 9 mai par le Tribunal arbitral du spot (TAS) de Lausanne. Mais c’est trop tard : son image est écornée.
2 novembre 2021 : un procès à venir
Après six ans d’enquête, le parquet fédéral suisse annonce que Michel Platini et Sepp Blatter sont renvoyés devant la justice. La procédure pénale à l’encontre de l’ancien président de la Fifa est menée pour « soupçons d’escroquerie », « abus de confiance », « gestion déloyale » et « faux dans les titres ». Quant à l’ancien président de l’Uefa, il est poursuivi pour « soupçons d’escroquerie », « participation à abus de confiance », « participation à une gestion déloyale » et « faux dans les titres ».
Il leur est reproché d’avoir « obtenu illégalement, au détriment de la Fifa, un paiement de 2 millions de francs suisses » (l’équivalent à l’époque de 1,8 million d’euros) « en faveur de Michel Platini » en 2011. Ce dernier « a fait valoir une créance de 2 millions de francs suisses », acquittée par l’instance du football « avec le concours » de Sepp Blatter. Pour l’accusation, il s’agit d’un paiement « sans fondement », obtenu en induisant « astucieusement en erreur » les contrôles internes de la Fifa.
C’est donc de l’escroquerie dont il s’agit pour l’accusation, puisque ce salaire a été versé neuf ans après la fin du travail de conseiller de Platini envers Blatter entre 1999 et 2002 et qu’un contrat a été signé en 1999 pour ce même travail avec une rémunération annuelle de 300 000 francs suisses, somme « intégralement payée par la Fifa », selon le parquet.
Depuis le début du scandale, les deux hommes expliquent pour leur défense qu’ils avaient conclu un accord oral et sans témoin, d’un salaire annuel d’un million de francs suisses. Le versement de la somme devait intervenir a fortiori, les finances de la Fifa ne permettant pas le versement immédiat au Français à l’époque.
Lors de leur procès, les deux anciens dirigeants devront donc s’expliquer sur cet accord oral, à l’opposé des pratiques habituelles de l’instance du football mondial. Partie civile, la Fifa entend être remboursée « pour que l’argent détourné par les accusés à des fins personnelles soit restitué au seul et unique but auquel il était destiné : le football », a indiqué à l’Agence France-Presse (AFP) maître Hohl-Chirazi, avocate de l’instance.
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8 juillet 2022 : le verdict
C’est la date à laquelle la décision du Tribunal pénal fédéral de Bellinzone est attendue. En droit suisse, l’escroquerie simple est passible de cinq ans de prison ou d’une amende.

