(D’après le témoignage de M. Nacer Takorabet)
Il y a des noms qui résonnent dans les mémoires comme des notes pures d’un hymne oublié. Madjid Ait-Ouali, affectueusement surnommé « Djadji », appartient à cette trempe rare de footballeurs qui ont transcendé leur discipline pour devenir des symboles d’élégance, de fidélité et de finesse.
Issu du village emblématique d’Ighil Nacer, Djadji était l’un des dignes représentants d’une lignée d’hommes et de femmes qui ont laissé une empreinte profonde dans l’histoire régionale : militants, médecins, enseignants, agriculteurs, intellectuels… et sportifs d’exception.
Sa trajectoire incarne l’histoire silencieuse de tant de familles kabyles, où les pères s’éloignaient de leur terre natale pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Pour Djadji, cet exil l’a conduit sur les rives de Skikda, une ville où le football n’était pas seulement un sport, mais un art de vivre.
JSMSkikda – Le théâtre de l’éclosion
C’est au sein de la JSMS que le jeune Madjid s’affirme rapidement comme un meneur de jeu raffiné, à la technique ciselée, au dribble fluide et au regard toujours en avance d’un temps sur le jeu. Son style rappelle les grandes écoles européennes, avec ce soupçon de naturel qui fait la marque des joueurs hors-normes.

Son apogée avec la JSMS sera marquée par une finale de Coupe d’Algérie en 1967 face à la redoutable ES Sétif, mais aussi par une accession mémorable en Division 1, au terme d’un parcours semé de duels épiques. Malgré l’intérêt insistant de clubs prestigieux, Djadji choisit de rester fidèle à Skikda, preuve de son attachement aux valeurs humaines autant qu’aux couleurs sportives.
NAHD – La maturité dans un collectif d’élite
En 1969, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre pour lui, dans la capitale, sous les couleurs du NA Hussein Dey. Il y côtoie une génération dorée de joueurs de haut niveau, dans un club qui brille dans le haut du classement national.
Aux côtés des Ouchène, Bouyahi, Nazef et autres figures marquantes, Djadji s’impose naturellement. Son intelligence de jeu et sa maîtrise technique font de lui un rouage essentiel dans l’animation du milieu de terrain. Avec le Nasria, il tutoie les sommets, terminant notamment vice-champion d’Algérie en 1973.
Un ambassadeur du football universitaire algérien
En 1970, Madjid Ait-Ouali est sélectionné en Équipe nationale universitaire, participant à un tournoi international en Bulgarie. Là encore, son élégance balle au pied et sa vision de jeu impressionnent les observateurs étrangers.
Aux côtés de futurs internationaux, il contribue à faire briller une sélection jeune, ambitieuse et créative, victorieuse notamment 5-1 face à une sélection junior de Sofia. La presse locale souligne sa complémentarité avec Bachi et Henkouche, saluant son jeu simple, efficace, limpide.

Retour aux sources : transmettre l’héritage
Vers la fin de sa carrière, Djadji revient à Akbou pour y transmettre son expérience et son amour du jeu. En tant que joueur-entraîneur de l’Olympique local, il redonne espoir à une équipe fragilisée, assurant le maintien en Division d’Honneur.
L’année suivante, il répond à l’appel du MO Béjaïa, où il met un point final à une carrière exemplaire, empreinte de rigueur, de passion et de noblesse sportive.
Un départ prématuré, un souvenir impérissable
Parti trop tôt, vers 1995, Madjid Ait-Ouali n’a pas eu les honneurs de l’équipe nationale A, mais ceux qui l’ont vu jouer savent que son talent n’avait rien à envier aux meilleurs. Il laisse derrière lui le souvenir d’un gentleman du football, un artiste au service du collectif, un modèle d’humilité et de classe.
🕊 Repose en paix, Djadji.
Ton nom demeure, gravé dans la mémoire du football algérien.
📚 Source : M. Nacer Takorabet – Témoignage sur la vie et la carrière de Madjid Ait-Ouali, ex-gloire de la JSMS, NAHD et de l’EN Universitaire.

