La nouvelle a fait l’effet d’un séisme dans le football marocain. Walid Regragui a officiellement annoncé son départ de la tête des Lions de l’Atlas, un mois et demi après la défaite en finale de la CAN face au Sénégal (0-1 après prolongation). Dans une vidéo publiée sur Instagram, le technicien de 50 ans a confirmé la fin de son aventure avec la sélection nationale, malgré les démentis répétés de la Fédération royale marocaine de football ces dernières semaines.
Officiellement, il s’agit d’une séparation dans la continuité d’un cycle. Mais pour de nombreux observateurs, la réalité est tout autre : Walid Regragui a été progressivement poussé vers la sortie dans un climat de tensions croissantes avec la direction de la Fédération.
L’homme qui a changé le destin du Maroc
Lorsque Walid Regragui prend les commandes de la sélection marocaine, le pays espère retrouver une identité forte et un esprit conquérant. Mission accomplie.
Sous sa direction, les Lions de l’Atlas ont réalisé l’exploit historique d’atteindre les demi-finales de la Coupe du monde 2022 au Qatar, devenant la première nation africaine et arabe à atteindre ce stade de la compétition. Un parcours qui a marqué l’histoire du football mondial et propulsé le Maroc au sommet de la hiérarchie africaine.
Au-delà des résultats, Regragui a réussi quelque chose de plus rare : créer une véritable connexion entre la sélection et le peuple marocain. Son discours franc, son patriotisme assumé et sa capacité à fédérer ont fait de lui l’un des sélectionneurs les plus populaires de l’histoire du pays.
Mais dans les hautes sphères du football marocain, cette popularité n’a pas toujours été perçue comme une bonne nouvelle.
Une fédération verrouillée
Depuis plusieurs années, la Fédération royale marocaine de football est dirigée par Fouzi Lekjaa, un président puissant qui a progressivement concentré une grande partie des décisions autour de sa personne.
Si son mandat est souvent salué pour les investissements dans les infrastructures et le développement du football marocain, sa gouvernance est également critiquée pour son caractère très centralisé.
Dans ce système, la marge de manœuvre des sélectionneurs reste limitée et l’image de l’institution doit toujours primer sur celle des individus.
Or Walid Regragui, par sa personnalité, son franc-parler et sa communication directe, a rapidement dépassé ce cadre. Aux yeux du public, il était devenu le visage du succès marocain.
Un statut qui aurait progressivement créé un malaise au sommet de la Fédération.
Le choc des ego
Selon plusieurs sources proches du football marocain, les relations entre Regragui et Fouzi Lekjaa se sont détériorées ces derniers mois. La popularité du sélectionneur, sa liberté de parole et sa capacité à occuper l’espace médiatique auraient fini par agacer un président connu pour son goût du contrôle.
Dans les coulisses, certains évoquent même un véritable choc d’ego.
Pour Lekjaa, habitué à une gouvernance très verticale, voir un sélectionneur devenir la figure centrale du football marocain n’était pas une situation confortable. Regragui, lui, n’a jamais caché son indépendance ni sa volonté de protéger son groupe et son projet sportif.
La défaite en finale de la CAN face au Sénégal aurait alors servi de prétexte idéal pour rééquilibrer les rapports de force.
Une décision difficile à justifier sportivement
Car sur le plan des résultats, le bilan de Walid Regragui reste exceptionnel. Demi-finaliste de la Coupe du monde, finaliste de la CAN et auteur de l’un des meilleurs taux de victoires de l’histoire de la sélection.
Dans n’importe quelle autre fédération, un tel parcours aurait sans doute consolidé la position du sélectionneur.
Au Maroc, il aura finalement accéléré une rupture qui semblait se dessiner depuis plusieurs mois.
Cette situation relance aujourd’hui un débat profond : le football marocain peut-il réellement construire un projet stable si les équilibres politiques prennent le pas sur la logique sportive ?
Une nouvelle page… sous surveillance
Pour succéder à Regragui, la Fédération devrait nommer Mohamed Ouahbi, récent champion du monde U20 avec le Maroc, accompagné de João Sacramento comme adjoint.
Un choix qui mise sur la jeunesse et la continuité de la formation marocaine. Mais la pression sera immense pour celui qui devra succéder à l’entraîneur qui a offert au pays son plus grand moment de gloire footballistique.
Car si Walid Regragui quitte aujourd’hui la sélection, son héritage restera gravé dans l’histoire du football marocain.
Et pour beaucoup de supporters, une question demeure : le Maroc vient-il vraiment de tourner une page… ou de commettre une erreur historique ?

