Mémoire : Salah Djebaïli, International Algérien et recteur de l’USTHB, assassiné par les islamistes en 1994

Né le 17 avril 1935 à Khenchela, Salah Djebaïli restera à jamais comme l’une des figures les plus lumineuses et complexes de l’Algérie moderne : un footballeur talentueux, devenu ensuite scientifique et bâtisseur de la recherche environnementale dans son pays, avant d’être tragiquement assassiné par les islamistes le 31 mai 1994 à Alger.

Un parcours sportif marqué par l’excellence

Repéré très jeune à l’ES Sétif par Paul Gévaudan, Salah Djebaïli rejoint le Nîmes Olympique en 1955. Gaucher élégant évoluant comme milieu offensif gauche, il fait ses débuts en équipe première en octobre 1957 et contribue aux belles saisons du club, vice-champion de France en 1958 et 1959.
Entre 1957 et 1966, il dispute 199 matches pour 53 buts sous le maillot nîmois.

Son talent l’emmène ensuite jusqu’à l’équipe nationale algérienne. Il honore deux sélections, contre la Tchécoslovaquie olympique (1963) et l’Union soviétique (1964). En 1966, il revient en Algérie, termine sa carrière sportive au Mouloudia Club d’Alger et tourne une page pour en ouvrir une autre, tout aussi brillante.

🎓 Un scientifique pionnier et bâtisseur

En parallèle de sa carrière de footballeur, Djebaïli poursuit des études d’écologie à l’Université de Montpellier, après avoir obtenu son baccalauréat à Nîmes. Docteur de troisième cycle en 1965, il retourne en Algérie où il s’investit pleinement dans le développement scientifique et institutionnel de son pays.

Il fonde en 1974 le Centre de Recherche Biologiques Terrestres (CRBT) qu’il dirige jusqu’en 1989, devient ensuite professeur à l’Université des sciences et techniques Houari Boumediene, dirige l’Institut national agronomique (équivalent de l’AgroParisTech) et occupe des postes stratégiques comme conseiller technique au ministère de l’Agriculture ou directeur de l’ONRS, l’équivalent algérien du CNRS.

Visionnaire, il participe à la conférence mondiale sur l’environnement en 1972, défendant le principe du « pollueur-payeur », alors très novateur. Il contribue aussi à la création du ministère algérien pour l’Environnement en 1977, montrant que son engagement dépassait largement les murs de l’université.

Ses 25 publications scientifiques, ses responsabilités comme recteur des universités d’Alger et son action internationale placent Salah Djebaïli parmi les pionniers d’une écologie scientifique et pragmatique en Algérie.

🩸 Un assassinat qui symbolise la décennie noire

Dans les années 1990, l’Algérie sombre dans la violence. Recteur de l’Université des sciences et techniques Houari Boumediene (USTHB), Salah Djebaïli refuse l’influence des groupes islamistes et leurs tentatives d’infiltration du milieu universitaire.
Malgré des menaces de mort répétées et l’assassinat de l’un de ses gardes du corps, il décide de poursuivre sa mission, fidèle à ses convictions et à sa vision d’une université libre et ouverte.

Le 31 mai 1994, il est lâchement abattu devant l’université, dans une voiture non blindée, avec l’un de ses gardes du corps. Cet assassinat restera comme l’un des drames symboliques de la décennie noire, où nombre d’intellectuels, journalistes et scientifiques furent visés pour avoir défendu la liberté et le savoir.

🌿 Un héritage vivant

Marié à une Française originaire de Nîmes, père de quatre enfants et grand-père, Salah Djebaïli n’a jamais oublié ses attaches françaises et gardait un lien particulier avec le Nîmes Olympique, où il avait laissé l’image d’un joueur élégant et engagé.
En hommage, une rue proche du stade des Costières porte aujourd’hui son nom : Allée Salah Djebaïli.

Entre football de haut niveau, engagement scientifique et courage face à l’obscurantisme, Salah Djebaïli reste une figure rare et précieuse, un homme qui a incarné l’Algérie des savoirs et du progrès, jusqu’à donner sa vie pour elle.


👉 Hommage rédigé par Yassine Bouali, directeur de rédaction de ShootAfrica et ancien étudiant de l’USTHB, pour que le nom et le parcours de Salah Djebaïli restent à jamais dans la mémoire collective

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