Mohamed Amine Amoura, international algérien du VfL Wolfsburg (Borussia Wolfsburg) et membre de la sélection des Fennecs (Algérie), a réalisé une montée en puissance nette ces derniers mois : en Bundesliga, il a disputé 31 matchs la saison 2024-2025 pour 10 buts et 9 passes décisives selon les sources.
Sur le plan international, ses statistiques sont également intéressantes, et son profil est celui d’un joueur vif, incisif, désormais installé dans l’élite européenne.

Pourtant, malgré ce bilan solide, il n’apparaît pas parmi les 3 finalistes du prix CAF Player of the Year (organisé par la Confédération africaine de football) pour 2025.
À côté de cela : sa valeur marchande donnée à 32 millions d’euros sur le site Transfermarket
Et pourtant, dans des cas similaires, voire parfois moins aboutis, d’autres joueurs africains ou maghrébins semblent bénéficier d’une reconnaissance ou d’une valorisation bien plus importante.
Une discrimination institutionnelle, ou du moins un double standard ?
Il y a plusieurs niveaux de lecture :
- Visibilité médiatique et reconnaissance
- Les joueurs d’Afrique et du Maghreb, malgré de bons résultats, semblent parfois moins mis en avant dans les grandes nominations ou distinctions continentales, quand bien même ils remplissent les critères statistiques et d’influence.
- Dans le cas d’Amoura, le fait de ne pas être retenu alors que sa saison en Bundesliga est très correcte peut laisser penser à un biais de reconnaissance.
- Valorisation financière et spéculative
- Un joueur « européen » (par nationalité ou culture foot médiatisée) ou venant de ligues dites « majeures » bénéficie souvent d’une valorisation plus rapide et forte.
- Si Amoura est coté «32 millions», on peut légitimement se demander pourquoi il ne figure pas dans les cercles de reconnaissance et valorisation qui, pour d’autres, auraient pu le porter à 50 m voire plus.
- **Effet « pays/surface médiatique » **
- Les joueurs brésiliens, argentins, espagnols bénéficient d’un « capital marque » plus élevé : diffusion, lobbying, marques, UI médiatique.
- En Afrique, et même dans le Maghreb, malgré le talent, la visibilité peut être moindre, les marchés d’images plus restreints, les médias européens moins enclins à relayer massivement.
- Cela peut engendrer un retard dans la reconnaissance, et même dans la valorisation, indépendamment du talent réel.
Pourquoi l’« oubli » est grave
- Cela envoie un signal négatif aux jeunes joueurs africains/maghrébins : que même avec des performances solides dans les championnats européens, la reconnaissance peut ne pas venir.
- Cela entretient l’idée que le « talent africain » doit produire encore plus pour être « vu ».
- Cela fragilise les équilibres de représentation dans le football continental et mondial : les nominations, médias, valorisations financières participent aussi à créer des rôles-modèles, des récits. Quand ceux-ci sont biaisés, les récits sont moins diversifiés.
Que peut-on faire ?
- Il faut un examen transparent des critères de nomination pour des distinctions comme le CAF Player of the Year : performance, influence, contexte, équipe, visibilité. Si certains joueurs remplissent et ne sont pas retenus, il faut l’expliquer.
- Les médias africains et maghrébins ont un rôle à jouer pour mettre en lumière ces joueurs, au-delà des marchés locaux, afin d’accroître leur visibilité globale.
- Les clubs, agents et instances de football africaines doivent œuvrer à « amplifier » la plateforme de ces talents : avec plus de couverture, plus d’accès aux canaux internationaux, pour que la reconnaissance suive.
- Enfin, les supporters ont aussi un rôle : valoriser, demander, pointer ces injustices.
En conclusion
Mohamed Amine Amoura est à mon sens un exemple frappant d’un talent africain/maghrébin sous-valorisé dans la reconnaissance formelle (prix, nominations) par rapport à ce qu’il livre sur le terrain. Il ne s’agit pas seulement d’une erreur individuelle : cela pose la question d’un biais structurel dans le football africain et mondial.
Si Amoura avait eu la nationalité d’un pays plus « médiatisé » dans le foot ou évolué dans un club ultra-médiatisé, peut-être sa côte, sa nomination et sa reconnaissance auraient été différentes. Cela n’enlève rien à son talent ; cela pose la question que le football africain doit affronter : la discrimination invisible de l’ombre.
Espérons que cette situation serve d’alarme, et qu’à l’avenir les institutions fassent preuve de plus d’équité et de transparence.

