Il suffit d’une déclaration de Samir Nasri pour rallumer un vieux feu que le football algérien n’arrive jamais vraiment à éteindre : celui des binationaux et du “choix du cœur”. Cette semaine, l’ancien meneur de jeu de l’OM et de Manchester City a expliqué avoir été refroidi à l’idée de rejoindre l’Algérie après une discussion avec Brahim Hemdani au début des années 2000. Selon lui, Hemdani lui aurait décrit une sélection “bordélique”, peu attirante pour un joueur ambitieux.
Sauf qu’en retour, Hemdani n’a pas laissé passer. L’ancien capitaine marseillais a répondu fermement en expliquant que son choix tardif pour l’Algérie relevait uniquement de sa propre trajectoire, et non d’un rejet ou d’un mépris des Fennecs.
Mais au fond, cette histoire dépasse largement les deux hommes.
Le problème n’est plus le choix… mais le jugement permanent
Depuis vingt ans, chaque binational lié à l’Algérie passe devant un tribunal populaire invisible. Si le joueur choisit les Bleus, il est accusé de trahison. S’il rejoint l’Algérie tardivement, on lui reproche l’opportunisme. Et s’il hésite ? On l’accuse de “double jeu”.
Le cas Nasri illustre surtout une hypocrisie persistante : pendant longtemps, la sélection algérienne ne donnait pas envie aux talents nés en Europe. Instabilité fédérale, infrastructures faibles, gestion chaotique… beaucoup pensaient tout bas ce que Nasri a simplement osé dire publiquement aujourd’hui.
Ce qui dérange réellement, ce n’est pas son choix de carrière. C’est qu’il ait cassé un récit romantique selon lequel tous les Franco-Algériens rêvaient automatiquement du maillot vert.
L’Algérie a changé… mais la blessure reste ouverte
Il faut aussi être honnête : l’Algérie de 2026 n’est plus celle de 2004. Aujourd’hui, des joueurs formés dans les meilleurs centres européens choisissent les Fennecs sans complexe. Riyad Mahrez, Rayan Aït-Nouri ou encore Houssem Aouar ont changé l’image de la sélection.
Même Nasri reconnaît désormais que l’Algérie attire des profils de haut niveau et affirme qu’il accepterait “en courant” un poste de sélectionneur des Fennecs.
Mais malgré cette évolution, une partie des supporters continue de vivre chaque refus comme une humiliation identitaire. Comme si choisir la France revenait automatiquement à renier ses origines.
Or un footballeur choisit aussi un projet sportif, une visibilité, une carrière et un environnement. Le patriotisme ne suffit pas toujours à faire une décision professionnelle.
Le vrai malaise : l’Algérie veut l’amour… mais refuse parfois la nuance
Le football algérien réclame une fidélité émotionnelle absolue de la part de joueurs qui ont grandi ailleurs, dans une autre culture footballistique, avec d’autres ambitions et parfois d’autres réalités familiales.
Quand un binational choisit la France, beaucoup veulent entendre qu’il regrettera un jour son choix. Quand il choisit l’Algérie, on exige qu’il chante l’hymne avec plus de passion qu’un joueur né à Alger.
Cette pression permanente devient toxique.
Et finalement, l’affaire Nasri-Hemdani révèle surtout une vérité inconfortable : le débat sur les binationaux n’est toujours pas réglé en Algérie. Il oscille encore entre fierté nationale, complexe postcolonial et obsession de validation face à la France.
Tant que ce rapport émotionnel ne sera pas apaisé, chaque déclaration d’un ancien joueur rallumera la même guerre.

