Paris FC : Maxence Glevarec (Porte Parole des Ultras Lutetia) « Le numéro gagnant, c’est nous ! »

Le Paris FC se prépare à changer de dimension. Leader de Ligue 2, le club parisien s’apprête à se faire racheter par la famille Arnault, 3e fortune mondiale et propriétaire de LVMH, associée à Red Bull. Le porte-parole et membre fondateur des Ultras Lutetia, Maxence Glevarec, témoigne de l’enthousiasme qui règne au sein des supporters parisiens, sans toutefois omettre la crainte d’une perte d’identité, notamment avec l’entrée au capital de Red Bull.



Le Paris FC vit sa petite révolution, ses supporters avec. Leader de Ligue 2, mais trop longtemps dans l’ombre de l’ogre PSG, le club du sud-est de Paris est en passe de changer d’actionnaire majoritaire. Et le changement n’est pas minime : comme annoncé par L’Équipe , le Paris FC devrait se faire racheter par la troisième fortune mondiale, la famille Arnault, associée à Red Bull.

Ce coup de tonnerre était attendu par les supporters parisiens, qui avaient été prévenus d’un gros changement à la tête du club l’été dernier. Comme nombre de ses camarades de tribune, Maxence Glevarec, porte-parole et membre fondateur des Ultras Lutetia, est tiraillé entre l’excitation vertigineuse d’un tel actionnaire, le changement de dimension du club et la crainte d’une perte d’identité à moyen terme de son club, notamment avec l’entrée au capital de Red Bull. Entretien.

Comment avez-vous réagi à l’annonce du changement d’actionnaire majoritaire ? Le club change de dimension…

J’y pense, mais je ne me rends pas compte (silence, puis rire). Cela fait 15 ans que je mange mon pain noir avec des ballons qui n’arrivent pas dans les pieds… Cela va être fou. Même sans un tel investisseur, on serait arrivé à monter en Ligue 1 un jour ou l’autre, mais ça va nous mettre un sacré coup de boost. Je réaliserai vraiment quand on montera en Ligue 1. On garde les pieds sur terre, et il ne faut pas que l’on fasse des folies. Je n’ai pas envie que le club balance des millions par la fenêtre. Si on supporte le Paris FC, c’est aussi un peu par opposition au PSG.

« Red Bull ? Ça crispe »

Vous attendiez-vous à un repreneur d’une telle ampleur ?

Je ne dis pas que je tombe des nues, car on était au courant depuis le mois de juin dernier qu’il allait y avoir un repreneur très important, sans avoir de nom, mais on est agréablement surpris. C’est une super nouvelle. Et puis, c’est un repreneur français. On ne voulait surtout pas d’un repreneur étatique ou entrer dans une multipropriété. Concernant ce dernier point, on va quand même avoir un œil attentif sur ce que fait Red Bull (la marque de boisson énergisante détiendra uniquement 15 % du capital).

Est-ce votre petite inquiétude ?

Red Bull, c’est notre point d’alerte ; J’ai fait le tour de mon groupe (les Ultras Lutetia). On est 170 personnes et dans le bloc on est 300 à 400, donc cela représente 6 à 7 % du stade. On a presque tous le même discours : c’est génial, mais il y en a qui sont assez vindicatifs à l’égard de Red Bull. Ça crispe.

Quelles sont vos craintes ?

On a peur de perdre l’identité du club. On ne veut pas s’appeler le Red Bull Paris ou le Rb Paris. Cela peut faire rire, car beaucoup pensent que le PFC n’a pas d’identité. Certes, il n’y a pas beaucoup de titres ou de grandes histoires comme à Reims, Sochaux, Nancy, mais on a autre chose. On est un club formateur reconnu en Île-de-France, l’équipe à abattre en catégorie jeune. Et puis, le PSG découle de la fusion entre le Paris FC et le Stade Sangermanois (Saint-Germain-en- Laye) en 1970. C’est également l’un des seuls clubs qui met sur un pied d’égalité les femmes et les hommes. L’OL a vendu sa section féminine (à la businesswoman Michele Kang, en février dernier). Les supporters historiques ont peur de perdre cette proximité avec les joueurs, les joueuses, le staff… Mais bon, si le club veut grandir, il faut passer par de gros investisseurs. Et c’est difficile d’avoir plus gros (rires).

« Klopp viendra à Paris, mais pas au PSG »

Avez-vous eu des garanties à ce sujet ?

Oui, on nous a assurés au mois de juin dernier qu’il n’y aurait d’effacement de l’identité du club. On tirera les premières conclusions au mercato estival. Si le club monte en L1, on verra comment les finances seront gérées. On aura constamment des points de vigilance, comme des garde-fous. On garde les pieds sur terre, car on sait d’où l’on vient. J’ai connu le PFC en 2009, on était en National. On va faire en sorte que le club respecte notre histoire. Et puis, on ne peut pas enlever à Red Bull leur expertise footballistique. Il n’y a rien qui se fait de mieux en termes de développement des jeunes. Qu’on les aime ou non, leurs clubs (Leipzig, Salzbourg…) sont en D1, voire en Ligue des champions, et ça joue très bien au football. Et puis, quand on entend que Jürgen Klopp serait dans la boucle… Certains supporters du PSG le voulaient, il viendra à Paris, mais pas au PSG.

Depuis plusieurs années, cela donne l’impression que le club est dans une forme de continuité (régulièrement en barrages d’accession à la L1, des finances saines)…

Je ne veux pas faire de la lèche au président Ferracci, mais il a construit un club assez sain et cohérent : le centre de formation, le déplacement des infrastructures à Orly, il s’est entouré du Bahreïn… Faire monter un club demande des sous et il a réussi à s’entourer de personnes compétentes pour le faire. Il a fait pas mal de sacrifices. On ne peut que lui tirer notre chapeau. Il arrive à attirer la 3e fortune mondiale… Qui peut le faire ? D’ailleurs, la famille Arnault s’est intéressée à d’autres clubs et le numéro gagnant : c’est nous !

Quid du stade ?

Je ne suis fermé à rien, mais chaque stade a son histoire. Le Parc des Princes appartient au PSG et ses supporters en ont fait leur histoire. Même si le Paris FC y a joué au début des années 1970 – une ou deux saisons -, on était simplement passager. On entend parler de Jean-Bouin comme stade de repli. Mais on partagerait avec le Stade Français, les féminines du PSG et Versailles. Il y a aussi un problème sécuritaire, car le Parc des Princes est juste en face de Jean-Bouin. On ne pourra pas jouer le même jour. Ce sont des questions politiques, on ira où le club ira. Tous les feux sont au vert pour attirer un public. Il ne faut pas se voiler la face, c’est ce qui manque. On est à l’ombre du PSG, c’est très compliqué d’exister. On parle souvent du Red Star : ils ont un plus petit stade, donc forcément il est plein, mais ils n’ont pas un public extensible. On adore Charléty, mais on a conscience que ce n’est pas un stade de football. On est à 25 m du terrain, forcément ça sonne creux. Et puis, il n’y a pas de loges, la sécurité est abominable.

« On accueille tout le monde, venez ! »

Vous voyez que le soutien populaire commence à grandir autour du club ?

Oui ça prend énormément d’ampleur. J’ai connu l’époque où seuls les familles et les amis de joueurs venaient voir le PFC. Après il y a eu le cap en L2 qui a amené du monde, puis les fameux barrages d’accession en L1, la gratuité du stade… L’annonce des investisseurs devrait ramener encore davantage. Ce que je répète c’est : « Venez tant qu’on est encore en Ligue 2, vous passerez moins pour des opportunistes une fois qu’on sera en Ligue 1. »

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Quelle est votre position sur ces nouveaux supporters ?

On a tous été « nouveau supporter », surtout au Paris FC. Beaucoup sont venus par dégoût du PSG. Moi c’était au moment du Plan Leproux (2010), car j’ai été interdit de stade au PSG pour usage de pyrotechnie et j’habitais à côté de Charléty. J’ai continué à vivre cette passion des tribunes à travers le PFC. Venez voir des matches de football où les passes n’arrivent pas dans les pieds, après vous ne pouvez que savourer la Ligue 1. On accueille tout le monde, venez !

Un avis sur la saison en cours (le Paris FC est leader avec 18 points sur 24)…

On voit du football. Ça nous fait du bien, contrairement aux années précédentes. On est confiant mais il y a quand même Metz et Lorient qui sont de sérieux candidats. C’est un marathon, mais on a nos chances.

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