Travailleurs Algériens : Ils ont bâti la France, et on les insulte.

Ils sont venus par milliers, par silence, par résignation, par obligation. Certains avaient à peine vingt ans, d’autres portaient déjà dans leurs yeux les stigmates d’une vie courbée. Ils ont quitté les plaines de Kabylie, les vallées de l’Aurès, les rives de la Mitidja. Arrachés à leur terre natale, ils ont traversé la Méditerranée non pas pour chercher fortune, mais parce qu’on les y avait condamnés. La France les avait appelés, convoqués, enrôlés, requis. Et ils sont venus.

Dans les mines de charbon du Nord, ils ont creusé la roche, inhalé la poussière noire, sacrifiant leurs poumons pour éclairer les villes qu’ils n’habitaient même pas. Chez Renault, Peugeot, dans les usines aux cadences infernales, ils ont façonné les moteurs de la prospérité, souvent dans l’ombre, jamais dans la reconnaissance. Sous Paris, ils ont foré le métro à coups de pelles et de sueur, bâtissant les entrailles d’une capitale qui ne voulait pas les voir à la surface.

On les appelait « les indigènes », « les travailleurs immigrés », mais jamais citoyens, rarement hommes. Ils ont supporté les baraquements insalubres, les hivers sans chauffage, les regards méprisants, et le silence, toujours, comme une seconde peau.

Et pourtant, aujourd’hui, alors qu’ils plient sous l’âge, qu’ils comptent leurs derniers jours avec la pudeur de ceux qui n’ont jamais demandé grand-chose, certains osent les insulter. Les traiter de fraudeurs, de profiteurs, de corps en trop. Ceux-là, les mêmes qui s’indignent du coût d’une retraite de misère, oublient ce que ces hommes ont payé de leur santé, de leur dignité, de leur vie.

Faut-il rappeler qu’avant d’être ouvriers, ils furent chair à canon ? Des dizaines de milliers d’Algériens enrôlés de force dans les tranchées de 1914-18, puis encore en 39-45, envoyés mourir pour une patrie qui ne les reconnaissait même pas comme les siens. Leurs os reposent en silence dans des fosses communes, loin de leurs mères, de leurs enfants, de leur pays.

Ceux qui insultent aujourd’hui ces retraités algériens, ce ne sont pas seulement des politiciens cyniques. Ce sont des héritiers de l’oubli. Des enfants du confort qui n’ont jamais su regarder derrière les murs sur lesquels ils ont bâti leur confort. Ils ignorent ce qu’ils doivent à ces hommes. À leurs mains calleuses, à leurs dos brisés, à leurs silences pleins d’orgueil.

Ce texte n’est pas une supplique. C’est une mise au point.

Car dans l’histoire de France, il y a des fantômes qui n’ont pas dit leur dernier mot. Et ils s’appellent Mohamed, Amar, Kader, Malika. Ils vivent encore dans les cités, dans les villages du bled, dans les mémoires de leurs enfants et petits-enfants, devenus médecins, enseignants, avocats, parfois même députés.

La France leur doit plus qu’une pension. Elle leur doit un hommage. Un pardon. Et surtout, la fin de l’humiliation.

Parce qu’on ne crache pas sur ceux qui ont tenu vos murs debout.

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