La gifle reçue face au Japon (0-4) restera comme l’un des symboles les plus éclatants de l’échec de la gouvernance du football tunisien. Quelques jours après avoir limogé Sabri Lamouchi dans la précipitation, les dirigeants de la Fédération tunisienne ont cru trouver un sauveur en la personne d’Hervé Renard. Résultat : une élimination humiliante et un constat brutal. Le problème de la Tunisie ne se trouvait pas uniquement sur le banc.
Après la correction infligée par la Suède (5-1), les décideurs tunisiens ont choisi la solution la plus médiatique : sacrifier l’entraîneur. Sabri Lamouchi a payé l’addition d’années d’errements sportifs, de choix contestables et d’une politique fédérale incapable de préparer l’avenir. Son éviction, décidée en pleine Coupe du monde, ressemblait davantage à une opération de communication qu’à une véritable réflexion technique.
Hervé Renard est arrivé avec son aura, son palmarès africain et son image de pompier de service. Mais aucun entraîneur, aussi compétent soit-il, ne peut transformer une équipe en quelques jours. Lui-même avait reconnu l’ampleur de la mission et le manque de temps pour préparer le groupe.
Face au Japon, la réalité du terrain a été implacable. Les Aigles de Carthage ont été dominés dans tous les secteurs du jeu : techniquement, tactiquement et physiquement. Le score de 4-0 ne souffre aucune contestation. Il reflète l’écart entre une sélection japonaise structurée, cohérente et en pleine progression, et une équipe tunisienne en perte totale de repères.
Le plus inquiétant est ailleurs. Cette génération apparaît comme l’une des plus faibles qu’ait connues le football tunisien depuis plusieurs décennies. Peu de leaders, peu de talents capables de faire basculer un match, peu de joueurs évoluant au plus haut niveau international. Le renouvellement a été mal anticipé et la formation locale ne produit plus suffisamment de joueurs capables de rivaliser avec les meilleures nations.
Mais au-delà des limites sportives, c’est la gouvernance qui doit être interrogée. Depuis trop longtemps, la politique s’invite dans les affaires du football tunisien. Les luttes d’influence, les calculs personnels et les décisions prises dans l’urgence ont remplacé la vision à long terme. On change d’entraîneur comme on change de costume, sans jamais s’attaquer aux racines du mal.
Le limogeage de Sabri Lamouchi restera peut-être comme l’une des erreurs majeures de cette Coupe du monde. Non pas parce qu’il détenait la solution miracle, mais parce qu’il a servi de fusible idéal pour masquer les responsabilités des véritables décideurs. Les dirigeants ont voulu faire croire qu’un changement d’entraîneur suffirait à redresser la barre. Le Japon a démontré le contraire.
Aujourd’hui, la Tunisie est éliminée, le projet sportif est en ruines et les mêmes questions reviennent. Qui rendra des comptes ? Qui assumera les mauvais choix ? Qui expliquera pourquoi une nation historiquement respectée sur la scène africaine est devenue incapable de rivaliser au plus haut niveau ?
Les joueurs ont leur part de responsabilité. Les entraîneurs aussi. Mais les premiers coupables se trouvent dans les bureaux. Tant que le football tunisien sera dirigé sans vision, sans compétence et sous l’influence permanente des considérations politiques, aucun Hervé Renard, aucun technicien miracle, ne pourra sauver les Aigles de Carthage.
Le Japon a infligé une leçon de football. Les dirigeants tunisiens, eux, devraient y voir une leçon de gouvernance.

