Par Yassine Bouali – ShootAfrica
Il est des choix qui engagent plus que des carrières : ils touchent à l’identité, à la loyauté, et à la mémoire collective d’un peuple. Le cas d’Amine Gouiri, international algérien depuis octobre 2023 (14 sélections, 6 buts), illustre à merveille les tensions sous-jacentes liées au choix des binationaux. Mais au-delà de son engagement sur le terrain, c’est sa communication floue et contradictoire sur les coulisses de sa décision qui interpelle. Car entre son interview à Onze Mondial et celle accordée plus récemment à L’Équipe, les versions ne collent pas. Et cela soulève une question de fond : pourquoi tenter de réécrire l’histoire ?
🗞️ Onze Mondial : une première version problématique
Dans un premier entretien accordé à Onze Mondial, Amine Gouiri affirme sans détour :
« La Fédération algérienne et Djamel Belmadi avaient contacté des gens de mon entourage et pendant deux ans, ils ont échangé. Mais ils attendaient plus que ça vienne de mon côté. Puis, lors d’un échange avec le sélectionneur en octobre 2023, c’est devenu une évidence. Il est en grande partie la raison de ma venue en sélection. J’ai vu ça comme un devoir plus que comme un challenge. »
Autrement dit : il n’y aurait eu de vrai contact qu’en octobre 2023, au moment de sa naturalisation sportive. Une déclaration qui minimise sérieusement l’effort de longue haleine fourni par la Fédération et par Djamel Belmadi, qui avait entamé une politique de fond pour convaincre les meilleurs binationaux, dont Gouiri, dès 2021.
🧯 L’Équipe : rectification stratégique dans un second temps
Face aux réactions et à l’étonnement généré par cette version, l’entourage de Gouiri a vite réagi. Quelques semaines plus tard, dans une interview à L’Équipe, le discours change, et la chronologie est corrigée :
« Les premiers contacts remontent à 2021. […] Djamel Belmadi me suivait depuis très longtemps. »
Cette correction n’a rien d’anecdotique. Elle témoigne d’un rétropédalage évident, probablement initié par son agent, conscient qu’il fallait éviter de donner l’image d’un joueur opportuniste, venu en dernière minute par défaut ou sous la pression.
🧠 Pourquoi cette confusion ? Maladresse ou stratégie ?
Deux hypothèses se dessinent :
- Une maladresse de communication de la part du joueur, peu préparé à manier les subtilités diplomatiques d’un sujet aussi chargé.
- Une stratégie volontaire de l’entourage, dans un contexte de changement de sélectionneur en Algérie, pour minimiser le rôle de Belmadi, figure aujourd’hui en retrait.
Quoi qu’il en soit, cette contradiction jette une ombre sur un choix pourtant légitime, et entache un processus long, fait de patience et de respect de la part du staff algérien.
🇩🇿 Belmadi : l’homme de l’ombre qu’on voudrait effacer ?
Il est important de le rappeler avec clarté : Djamel Belmadi est le véritable artisan du dossier Gouiri, tout comme de ceux de Aouar, Aït-Nouri, Bouanani, Chaïbi ou encore Hadjam. Pendant des mois, il a travaillé en silence, noué des liens, proposé un projet ambitieux, respecté les temps de réflexion. Sans jamais forcer, mais sans jamais lâcher.
Lui attribuer aujourd’hui un rôle mineur dans cette décision revient à nier tout le travail stratégique qu’il a accompli pour redorer le blason des Fennecs et réconcilier une génération de talents franco-algériens avec le maillot vert.
⚠️ Le précédent Cherki : le rappel des réalités
Le cas de Rayan Cherki, qui a décliné la sélection algérienne malgré les efforts de la FAF, montre à quel point ces décisions sont complexes, fragiles, et souvent politisées. Les sélections africaines se battent avec des moyens limités face aux grandes fédérations européennes, et chaque joueur qui accepte de rejoindre son pays d’origine est le fruit d’un long processus. Vouloir l’aseptiser ou le simplifier, c’est insulter le travail de ceux qui le rendent possible.
🧾 Conclusion : il n’y a d’honneur que dans la vérité
Amine Gouiri n’a pas à rougir de son choix. Il a pris la bonne décision. Mais il aurait gagné à assumer pleinement la chronologie réelle des faits, au lieu de la tordre au gré des interviews. Car la vérité n’est pas un danger : c’est une exigence. Et dans le cas présent, la vérité, c’est que le projet algérien l’attendait depuis 2021. Et qu’un homme, aujourd’hui dans l’ombre, a été le maillon fort de cette histoire.

