Le 100e rapport de l’Observatoire du football CIES tire la sonnette d’alarme pour le football algérien. Entre 2020 et 2025, l’Algérie n’a exporté que 117 joueurs formés localement, se classant 61e au niveau mondial et 9e en Afrique, derrière des nations comme le Nigeria, le Ghana, le Sénégal, ou encore la Côte d’Ivoire. Mais au-delà du chiffre brut, le plus préoccupant est la dynamique : la courbe est descendante. En 2022, 54 expatriés algériens étaient recensés. En 2024, ils ne sont plus que 38, et à peine 39 en 2025.
❌ Une formation nationale en crise
Cette régression s’explique par une réalité structurelle : la majorité des clubs algériens ne forment pas ou très peu de joueurs, et ne disposent ni des moyens ni de la volonté d’investir dans la jeunesse. L’approche court-termiste, la politisation des clubs, la dépendance aux financements publics, et l’absence de vision stratégique rendent le système incapable de produire une génération durable de footballeurs de haut niveau.
✅ Le Paradou AC, exception nationale
Dans ce contexte sinistré, un seul club fait figure de modèle en Algérie : le Paradou AC. Fondé sur une philosophie claire de formation, doté de son propre centre d’entraînement, autofinancé, structuré et professionnel dans sa gestion, le club de Hydra est le seul à exporter régulièrement des joueurs formés localement vers des championnats compétitifs.
Rami Bensebaini, Youcef Atal, Hicham Boudaoui ou encore Adem Zorgane et Yacine Titraoui sont issus de son école. Le modèle Paradou montre que l’exportation de talents est possible en Algérie — à condition de s’en donner les moyens.
🛑 Le mirage des comparaisons
Certains pourraient être tentés de comparer la situation avec celle du Maroc, demi-finaliste de la Coupe du monde 2022 et doté d’infrastructures ultra-modernes. Mais le Maroc ne fait guère mieux en matière d’exportation de joueurs formés localement, se classant seulement 60e, avec 121 expatriés, soit à peine 4 de plus que l’Algérie, malgré des investissements colossaux.
Cela montre que les infrastructures seules ne suffisent pas, si elles ne sont pas accompagnées d’une politique cohérente de détection, d’encadrement et de mise en valeur des jeunes talents.
⚠️ L’urgence d’un changement systémique
Ce classement du CIES n’est pas un simple palmarès : il expose un retard profond que l’Algérie accuse par rapport aux nations africaines les plus dynamiques. Le Nigeria, par exemple, exporte 926 joueurs, soit près de huit fois plus que l’Algérie. Le Mali, la Gambie ou même le Cameroun, qui ne disposent pas de moyens exceptionnels, devancent également l’Algérie.
Il est temps de passer d’un football de façade à un football de fond. Valoriser l’expérience du Paradou AC, professionnaliser la gestion des clubs, créer une vraie Ligue de formation, et sortir de la logique de subvention, voilà les axes prioritaires.
✍️ Conclusion : le talent algérien existe, mais il meurt dans les tiroirs
L’Algérie n’a jamais manqué de joueurs talentueux. Elle manque de structures, de volonté et d’ambition collective. Le modèle du Paradou AC est la preuve vivante que l’exportation est possible, même dans un environnement difficile.
Mais tant que ce modèle restera l’exception, et non la règle, l’Algérie continuera de reculer pendant que d’autres avancent.

