Par un fils de ce sol
Il est des villages qu’on traverse… et ceux qu’on porte toute sa vie.
Beni Mansour, mon village, est une terre fière, nichée dans la wilaya de Béjaïa, aux confins de Bouira et Bordj Bou Arréridj. Une position géographique stratégique, mais surtout une richesse humaine inestimable. Ici, le football n’était pas une passion parmi d’autres. C’était un langage, une école, une fraternité, une manière de tenir debout.
Pendant des décennies, le ballon rond a été le ciment de notre communauté. Une légende vivante transmise de génération en génération, sculptée par des hommes simples mais immenses.
Les années d’après l’indépendance : les pionniers
Dans les années 60 et 70, alors que l’Algérie pansait encore ses plaies, Beni Mansour faisait naître des géants.
Parmi eux, Bouyakhssayene Mohand Cherif, surnommé Beckenbauer, pour sa classe et son intelligence de jeu, illuminait les terrains. Bellal Mohand Tahar, infatigable porteur d’eau, courait avec une abnégation rare. Et puis, mon père, Bouali Ali, un avant-centre racé de presque deux mètres, dominateur de la tête, insaisissable, courageux. Il m’a transmis bien plus que l’amour du football. Il m’a transmis une leçon de dignité.

Les années 70 : l’organisation et l’élégance
Dans cette décennie, la JSBM (Jeunesse Sportive de Beni Mansour) brille d’un éclat nouveau. Elle voit émerger des figures marquantes : Rachid Djari, le canonnier de la Soumam, Arab Mazigh, milieu de terrain de charme, Bouras Bouzid, un gardien de but souvent comparé à Felix, célébre gardien du Brésil dans les années 70. À leurs côtés, Djari Boualem, dit Omar, s’impose comme la tour de contrôle du village : élégant, réfléchi, omniprésent. Il régulait le tempo du jeu tel un métronome invisible.
Le meneur Mabrouh Yahiaoui, numéro 10 à l’ancienne, régalait par sa clairvoyance et sa frappe lourde. Hadj Bellal, piston droit à la grinta légendaire, était connu pour être un féroce compétiteur et un éternel mauvais perdant — dans le bon sens du terme.
Ferhat Abbas — non, pas le politicien, mais le gardien de but volant de la JSBM — était surnommé Meyer, en référence au géant de la RFA, champion du monde en 1974, tant la ressemblance était frappante. Feu Ferhat, moitié Kabyle, moitié Polonais par sa mère (connue dans le village sous le nom de Madame Tahar, épouse de Tahar Abbas), laissait derrière lui l’image d’un gardien hors normes, aussi spectaculaire qu’atypique.
Souhaitez-vous une version encore plus littéraire ou plus journalistique ?
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Les années 80 : l’âge d’or, le feu et la maîtrise
Ce fut peut-être la génération la plus flamboyante.
Mon cousin, Bouali Mourad, était un attaquant total. Il dribblait, frappait des deux pieds, dominait de la tête, et surtout, il possédait un mental d’acier. Il incarnait notre rêve collectif.
En défense, la paire centrale Larbi Mourad et Nacer formait un mur infranchissable. Nacer, pied gauche en or, avait la vista des grands. Mourad, stoppeur intraitable, écrasait les duels et dominait dans les airs.
Autour d’eux, une armée de combattants :
- Makhlouf Abdelkrim,
- Lameche Fateh,
- Malek Yahi,
- Guenoun Abdenour (Nounou), véritable colosse du milieu avec une détente ahurissante.
Et que dire de la fratrie Mhenni, Younes et Salah, virtuoses techniques ? Ou de Mohamed Arroum, l’ailier virevoltant qui faisait lever la poussière ?
Feu Slimane Taoui et Rachid Ziane, deux gauchers magiques, laissaient derrière eux des gestes inoubliables.
Et puis, dans le cœur des années 80, émergèrent :
- Djamel Hebal, un attaquant de puissance, capable de jouer sur tous les fronts.
- Bellal Daï, un magicien du dribble, capable de faire danser les défenses comme peu savaient le faire.
Le football, notre flamme
À Beni Mansour, le football était bien plus qu’un sport.
Il était notre théâtre, notre école de vie, notre hymne silencieux.
Nous n’avions peut-être pas de grands moyens.
Mais nous avions le talent, la volonté, la fraternité.
Et nous avions des héros. Des hommes qui, sans projecteurs ni caméras, ont gravé leur nom dans la mémoire collective.
Et puis… le silence. Mais jamais l’oubli.
Aujourd’hui, les générations ont changé. Les voix se sont tues. Mais la mémoire, elle, reste debout.
Et dans cette mémoire, il y a un nom que je veux graver en lettres de feu :
DJAMEL AMROUCHE
Mort à l’âge de 21 ans, un soir de retour d’un espoir.
Djamel était jeune, lumineux, porteur d’un rêve : voir son village, notre village, avoir enfin un stade digne de sa passion.
Ce jour-là, il revenait d’une manifestation au chef lieu de la commune pour cette cause juste, pour ce droit fondamental à exister dans le sport.
Un Camion l’a arraché à la vie. Mais pas à nos cœurs.
Djamel est tombé en militant. Djamel est mort pour que notre village existe par le football.
Il n’est pas une victime.
Il est un martyr du football populaire.
Un frère de combat.
Un symbole.
MESSAOUD YAHYAOUI
🕊 Messaoud Yahiaoui, ancien joueur prometteur de la JSB, mort à la fleur de l’âge dans un accident de la circulation. Une étoile partie trop tôt.
🔹 La mémoire du village : figures inoubliables
Impossible d’évoquer Beni Mansour sans Khali Bouhou, alias Hachache Mohand Cherif, mascotte du village, passionné éternel de la JS Kabylie. Il représentait le sel de notre quotidien, le sourire de nos matchs.
Et que dire de Ami Saïd Nait Arab, ce cafetier au cœur immense, dont l’établissement servait de QG au football local ? Un homme droit, respecté de tous, jamais un mot de travers, toujours une main tendue.
À mon père, pour l’éternité
Enfin, je veux adresser un mot du cœur, un mot d’amour, un mot de respect infini à mon défunt papa, Bouali Ali, disparu le 23 septembre 2024.
Il n’était pas seulement un avant-centre de génie.
Il était une bibliothèque vivante du football, un homme de mémoire, un puits de passion, un repère.
Son regard savait décrypter un match, son silence suffisait à faire parler le passé.
Il m’a transmis l’essentiel : l’amour du jeu, l’honnêteté, la force tranquille, et l’attachement indéfectible à notre terre.
Papa, ton souvenir me guide.
Ta voix me parle encore dans les silences du stade vide.
Et à chaque ballon qui roule, je sens ton souffle.
🙏 Et parce que le flambeau ne s’est pas éteint, je veux aussi saluer la nouvelle génération de joueurs qui ont perpétué cet héritage.
🎩 Mon frère Wahid, un véritable virtuose du ballon, dont la grâce et la technique ont enchanté tous ceux qui l’ont vu jouer.
⚡ Djamel Kocheida, ce lutin insaisissable, rapide, malin, toujours imprévisible.
🔥 Et bien d’autres, que j’ai eu le privilège de voir évoluer, même brièvement… Des noms que le cœur n’oublie pas, même si la mémoire peut parfois faillir.
Je présente mes excuses sincères à tous ceux que je n’ai pas pu citer ici, non par oubli de leur valeur, mais par respect de l’espace et des limites humaines. Chaque nom, chaque passe, chaque but appartient à l’Histoire de Beni Mansour.
Je témoigne, pour ne jamais oublier
Je suis un fils de ce village.
Un témoin.
Un porteur de mémoire.
Et à travers ces lignes, je rends hommage à tous ces hommes, disparus ou vivants, qui ont fait de Beni Mansour une légende en silence.
Tant que nous raconterons leurs noms, ils ne mourront jamais.


C’est très émouvant. Merci yacine.
Merci à vous
C’était Djamal Amrouche en lieu et place de son défunt et inoubliable Zahir.
Il y avait le défunt et très bon ailier gauche Messaoud Yahiaoui et son frère Mabrouk connu pour sa double détente et d’autres commele gardien feu Ferhat Abbas et d’autres que nous ne pouvons citer tous.
Merci pour l’article et l’hommage.
Djamal YAHIAOUI.
https://shoot-africa.com/beni-mansour-memoire-dun-village-debout-par-le-football/
Bravo kader pour cet article, un hommage honorable a ce village a mon village a moi aussi, l amour du football est toujours dans notre village. l’histoire continue.
bon courage mon frère.