Il serait trop facile de faire de Vladimir Petkovic l’unique responsable de l’élimination de l’Algérie face à la Suisse (0-2). Oui, le sélectionneur s’est trompé. Oui, ses choix tactiques ont été contestables. Mais réduire cet échec à son seul nom serait une immense hypocrisie. Car cette Coupe du monde ratée est avant tout celle d’un système qui a failli à tous les niveaux.
La responsabilité est collective. Elle est celle de la Fédération, du sélectionneur et des joueurs.
Une Fédération plus préoccupée par son image que par la performance
Depuis des mois, la préparation de cette Coupe du monde a été parasitée par des décisions incompréhensibles. Au lieu d’installer un climat de sérénité, la Fédération algérienne de football a laissé s’installer les polémiques, les débats permanents et une communication brouillonne.
Le football de très haut niveau ne s’improvise pas. Les grandes nations préparent leurs compétitions dans la discrétion, la rigueur et l’exigence. L’Algérie, elle, a souvent donné l’impression de vivre au rythme des réseaux sociaux, des déclarations et des effets d’annonce.
Autour des Verts, le folklore a progressivement remplacé le travail. Les mises en scène, les vidéos, les opérations de communication et l’agitation médiatique ont parfois semblé plus importantes que la préparation sportive.
Petkovic n’a jamais construit une véritable équipe
Le sélectionneur n’échappe évidemment pas aux critiques.
Depuis plusieurs mois, Vladimir Petkovic semblait davantage préoccupé par son avenir que par celui de son équipe. Les discussions autour d’une prolongation de contrat sont revenues régulièrement alors que les résultats et le contenu des matches étaient loin d’être convaincants.
Pendant ce temps, sur le terrain, les certitudes n’arrivaient jamais.
Après de nombreux rassemblements, l’Algérie n’avait toujours pas d’identité de jeu claire. Les systèmes changeaient, les compositions évoluaient sans cesse, les automatismes ne progressaient pas.
Face à la Suisse, cette absence de travail collectif a éclaté au grand jour. Les Fennecs ont été dominés tactiquement, physiquement et mentalement.
Un sélectionneur est jugé sur sa capacité à préparer les grands rendez-vous. Sur ce point, Petkovic a échoué.
Les joueurs doivent aussi regarder dans le miroir
Mais les internationaux algériens ne peuvent pas continuer à se réfugier derrière les erreurs de leur entraîneur.
Sur le terrain, beaucoup ont donné le sentiment de manquer de faim. Où étaient l’agressivité, le pressing, les courses, les duels remportés, cette rage qui a longtemps fait la force des Verts ?
À plusieurs moments du tournoi, certains comportements ont même laissé l’impression que cette Coupe du monde ressemblait davantage à une tournée médiatique qu’à une compétition où chaque ballon doit se jouer comme le dernier.
Les sourires, les vidéos, les célébrations et l’ambiance festive ont parfois pris une place disproportionnée. Pendant ce temps, sur le terrain, les adversaires travaillaient, couraient et gagnaient.
Le football international ne récompense pas les équipes qui font le spectacle en dehors du terrain. Il récompense celles qui souffrent ensemble pendant 90 minutes.
La Suisse a donné une leçon de professionnalisme
Le contraste avec la Suisse est saisissant.
Aucune agitation. Aucun bruit. Aucun discours inutile.
Simplement une équipe préparée, disciplinée, concentrée et totalement investie dans son objectif.
Les Helvètes ont dominé l’Algérie du début à la fin. Le score de 2-0 est même flatteur pour les Fennecs tant la Suisse a gaspillé d’occasions franches. Avec davantage de réalisme, l’addition aurait pu être historique.
Cette rencontre a été une véritable démonstration de ce qui sépare aujourd’hui une sélection parfaitement structurée d’une équipe qui vit encore trop souvent sur son talent individuel.
Il faut une révolution culturelle
L’Algérie possède des joueurs évoluant dans les meilleurs championnats européens. Elle dispose d’un public exceptionnel et d’un potentiel immense.
Mais tant que la culture de l’exigence ne remplacera pas celle de l’autosatisfaction, les mêmes erreurs se répéteront.
Cette élimination doit marquer la fin d’un cycle. La Fédération devra rendre des comptes sur son organisation. Le sélectionneur devra assumer ses erreurs. Les joueurs devront accepter leur part de responsabilité.
Le football algérien a besoin de moins de communication et de plus de travail. Moins de folklore et davantage de professionnalisme. Moins de promesses et plus de résultats.
Face à la Suisse, ce n’est pas seulement une équipe qui a perdu un match. C’est tout un projet qui s’est effondré. Et tant que chacun cherchera un autre responsable que lui-même, l’Algérie continuera de passer à côté des grands rendez-vous de son histoire.

