Le quotidien Français, l’Équipe a réalisé une enquête sur l’histoire de l’ensemble de joueurs nés à l’étranger qui ont joué avec les Bleus. C’est l’Algérie qui arrive en tête. Voici un extrait de l’article paru aujourd’hui.
Une équipe de France miroir de l’immigration française et de la décolonisation
Parmi les 939 internationaux sélectionnés en équipe de France, ils sont 175 à être nés à l’étranger (selon les critères actuels). L’histoire française est une succession de vagues migratoires, des Italiens dans la seconde moitié du XIXe siècle aux ressortissants d’Afrique subsaharienne plus récemment. La composition des Bleus reflète, avec un décalage temporel logique, ce métissage.
Près d’un tiers des internationaux nés au-delà des frontières actuelles est originaire d’Algérie. Nés avant 1962, date de l’indépendance du pays, ils sont majoritairement pieds-noirs. Parmi eux, on peut citer Mario Zatelli, Christian Lopez ou Emmanuel Aznar.
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D’après Stanislas Frenkiel, historien et auteur du livre « Le Football des immigrés : France-Algérie, l’histoire en partage », la réussite des joueurs nés en Algérie s’explique par un enracinement précoce du football dans le pays et des liens forts avec le colonat. « De nombreux joueurs issus des riches communautés européennes présentes en Algérie vont rejoindre des clubs d’élite, puis être appelés en équipe de France. »
Ce fécond football colonial s’est surtout propagé dans les années 1930, avec presque autant de licenciés en Algérie que dans la région parisienne. « La montée en puissance de clubs musulmans va créer une émulation » ajoute l’historien, aussi créateur de la chaîne YouTube @TempsdesportHistoire, « la qualité du jeu va s’améliorer, avec une forme de rivalité entre ces clubs, une bataille d’identités et des derbies tendus
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Au Maroc, sur la deuxième marche, le football s’est également développé sous l’influence française pendant le protectorat. La Pologne complète le podium des pays fournisseurs de Bleus. Au lendemain de la Grande Guerre, la main-d’oeuvre manque en France. Une convention signée avec le pays slave favorise l’arrive de centaines de milliers d’ouvriers.
Mais pourquoi le football est un sport surreprésenté dans les vagues d’immigration ? D’abord, l’idée diffuse que l’accès à une carrière professionnelle est une manière de s’élever socialement. En comparaison avec un statut d’ouvrier ou de travailleur précaire, le football semble être une alternative préférable. S’ajoute un effet d’exemple, lié à la réussite de superstars issues de l’immigration.
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Toutefois, toutes les vagues d’immigration ne produisent pas de footballeurs chez les Bleus. On note l’absence d’internationaux originaires d’Asie, à l’exception d’Albert Polge, né en Indochine française, qui fait sa première sélection en 1933. D’après Loïc Ravenel, cela est lié à des questions culturelles et « l’importance ou non du football dans le continent d’origine. »
Aujourd’hui, la plupart des Bleus issus de l’immigration sont nés en France et appartiennent aux deuxième ou troisième générations d’immigrés. Mais qu’ils soient primo-arrivants ou descendants d’immigrés, leurs noms s’ajoutent à une longue liste de joueurs emblématiques, qui ont marqué des millions de Français au fil des décennies : les Raymond Kopa, Michel Platini, Just Fontaine ou encore Zinédine Zidane. Un creuset footballistique associé aux réussites des Bleus dans les grandes compétitions.
Toujours quelques départements sans Bleus au compteur
Relativement à la population, le top 5 des territoires pourvoyeurs de Bleus évolue quelque peu. La Haute-Corse, avec 1 sélectionné en équipe de France pour 37 500 habitants (contre 1 pour 72 800 pour la France entière), arrive en tête du classement. Adil Rami et Dominique Colonna sont les plus capés avec 36 et 13 sélections.

