Jean-Claude Dassier : quand un ancien président de l’OM dérape dans l’inhumain

L’éviction de Jean-Claude Dassier de CNews et de Europe 1 « jusqu’à nouvel ordre » marque un tournant. En cause : des propos tenus à l’antenne sur les étrangers emprisonnés en France — « On les jette en… on les met en Méditerranée, on les met où ?! » — qui ont suscité indignation et consternation.

Derrière la polémique, un profil. Celui d’un homme qui, pendant des décennies, a occupé les sommets du paysage médiatique et sportif français.

Du sérail médiatique au football

Ancien dirigeant de LCI, chaîne d’information du groupe TF1, Jean-Claude Dassier a longtemps incarné une certaine droite médiatique, faite d’assurance, de réseaux et d’un goût assumé pour la polémique.

En 2009, il devient président de l’Olympique de Marseille. Sous sa présidence, le club phocéen remporte le championnat de France en 2010. Une réussite sportive indéniable, mais aussi une période marquée par une gestion controversée et des tensions internes. Dassier, plus communicant que bâtisseur, a souvent donné le sentiment d’être davantage à l’aise devant les micros que dans la structuration durable d’un projet.

La petite phrase de trop

La sortie sur les étrangers détenus ne relève pas du simple dérapage lexical. Elle s’inscrit dans une rhétorique de mise à distance, voire de déshumanisation. Parler de « les mettre en Méditerranée » ne renvoie pas seulement à une solution absurde : cela évoque, symboliquement, l’idée d’expulser des êtres humains comme on se débarrasserait d’un problème logistique.

Dans un contexte où les débats sur l’immigration sont déjà inflammables, de tels propos ne sont pas neutres. Ils contribuent à banaliser une vision où l’étranger devient une charge, un fardeau, un corps encombrant qu’il faudrait déplacer ailleurs.

Une posture récurrente

Depuis plusieurs années, Jean-Claude Dassier cultive un ton volontiers abrupt, parfois condescendant, souvent provocateur. Cette posture médiatique peut séduire un public en quête de paroles « cash ». Mais elle a aussi un coût : celui de la responsabilité.

Quand on a dirigé une grande rédaction, présidé un club historique, occupé les plateaux des grandes chaînes d’information, on ne parle pas comme un simple commentateur anonyme. On porte un héritage, une influence, une mémoire institutionnelle.

L’argument de la « liberté de ton » ne suffit plus lorsque la parole flirte avec l’inhumanité.

La fin d’une indulgence ?

La mise à l’écart décidée par CNews et Europe 1 traduit peut-être une limite enfin posée. Non pas à la liberté d’expression, mais à la banalisation de formules qui réduisent des personnes à une variable d’ajustement.

ShootAfrica ne peut que rappeler une évidence : la dignité humaine n’est pas négociable. Les débats sur la justice, la prison, l’immigration sont légitimes. Les suggestions qui insinuent qu’on pourrait « mettre » des êtres humains à la mer ne le sont pas.

Jean-Claude Dassier a longtemps navigué dans les sphères du pouvoir médiatique et sportif. Cette fois, la vague l’a rattrapé.

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