Le stade Omar-Hamadi au cœur d’une vive polémique à Alger

L’annonce de la démolition du mythique Stade Omar‑Hamadi, au profit d’un futur jardin botanique, suscite une vive controverse dans la capitale algérienne. À Bologhine, quartier emblématique considéré comme le berceau historique de plusieurs clubs algérois, supporters, anciens joueurs et habitants dénoncent la disparition programmée d’un lieu chargé d’histoire.

Parmi les voix qui s’élèvent figurent des anciens de l’USM Alger, rejoints par de nombreux passionnés de football. Tous estiment que le débat dépasse largement l’aspect urbanistique. Pour eux, le stade constitue un patrimoine national, intimement lié à la mémoire sportive et politique de l’Algérie.

Ce site symbolique a vu évoluer des figures majeures du football national, dont plusieurs joueurs ayant rejoint la célèbre équipe du Équipe du FLN durant la guerre de libération. Parmi eux figurent Mustapha Zitouni, Hamid Zouba, Dahmane Defnoun, Mohamed Maouche ou encore Abderrahmane Boubekeur. Autant de noms qui rappellent l’importance historique du lieu dans la construction de l’identité sportive nationale.

Face au projet de démolition, plusieurs anciens joueurs de la formation unioniste se sont mobilisés aux côtés des supporters afin de préserver l’enceinte. Ils appellent les autorités à reconsidérer le projet et proposent plutôt de transformer le stade en centre de formation dédié aux jeunes footballeurs.

La situation s’est toutefois compliquée à partir de 2022. Cette année-là, des travaux de réhabilitation sont lancés afin de prolonger la durée de vie d’une infrastructure vieillissante mais hautement symbolique. Le chantier est rapidement interrompu lorsque les équipes techniques découvrent sous les tribunes nord et sud des fissures profondes, des cavités et des zones structurellement fragilisées.

L’expertise menée par le Centre Technique de Construction confirme la gravité des dégâts. Selon le rapport, les fondations sont affaiblies, le béton fortement dégradé et les armatures métalliques corrodées par l’humidité. Trois tribunes sur quatre sont désormais jugées dangereuses et déclarées inexploitables.

Au-delà de ces dégradations, la configuration même du site a pesé dans la décision des autorités. Enclavé au cœur d’un tissu urbain dense, le stade ne dispose d’aucune possibilité réelle d’extension. Toute modernisation d’envergure apparaît difficile, tant pour des raisons techniques qu’urbanistiques et sécuritaires.

Construit en 1935 sous le nom de Stade Roger‑Lapergue, l’enceinte accueillait à l’origine les rencontres de l’AS Saint‑Eugène. Après l’indépendance de l’Algérie, elle devient le fief de l’USM Alger et du MC Alger. D’une capacité d’environ 15 000 places, le stade a connu plusieurs transformations au fil des décennies, notamment la construction d’une tribune supérieure en 1957, démolie en 2003, puis l’édification d’une nouvelle tribune en 2000.

Aujourd’hui, la question dépasse celle d’un simple équipement sportif. Pour beaucoup d’Algérois, la disparition du stade Omar-Hamadi symboliserait la perte d’un pan de mémoire collective. Entre impératifs de sécurité, projets urbains et préservation du patrimoine, l’avenir de cette enceinte historique reste plus que jamais au centre du débat.

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