Palestine – Israël : quand le football palestinien tente de survivre au milieu du chaos

Alors qu’Israël affronte l’Italie ce soir dans un match de qualification très médiatisé, l’actualité du football palestinien résonne comme un cri d’alarme. Dans une interview accordée à la Gazzetta dello Sport, Ihab Abu Jazar, sélectionneur de l’équipe nationale de Palestine, a livré un témoignage bouleversant sur la réalité que vivent ses joueurs et son staff. Ses propos vont bien au-delà du sport : ils incarnent la tragédie d’un peuple qui tente de garder debout son identité, son équipe et ses espoirs au cœur d’un conflit qui les dépasse.

Le poids des notifications : la peur du quotidien

« Vous savez ce que nous craignons le plus ? Nos téléphones. » Cette phrase, prononcée par Abu Jazar, en dit long. Chaque vibration, chaque alerte devient une source d’angoisse pour des millions de Palestiniens. Pour un joueur, un entraîneur, un dirigeant sportif, l’après-match n’est pas seulement synonyme d’analyse tactique ou de récupération physique : il peut s’accompagner de l’annonce d’un décès, d’un proche ou d’un coéquipier. Le football, lieu de joie et d’unité, se transforme en rappel brutal de la fragilité de la vie.

Un football palestinien exsangue

La situation sportive est dramatique. Le championnat local est suspendu depuis trois ans, les compétitions de jeunes n’existent plus, et les infrastructures ont été détruites. Selon Abu Jazar, 774 acteurs du sport palestinien ont perdu la vie : joueurs, entraîneurs, membres de la fédération. Pour composer son groupe, le sélectionneur est contraint d’appeler des joueurs basés à l’étranger ou des agents libres sans club, s’entraînant loin de leur terre natale. Cette désorganisation fragilise le développement d’une sélection qui, malgré tout, continue à jouer ses matchs internationaux. Dernier en date : une défaite (1-0) en amical face à la Malaisie.

Le prix du sacrifice : des destins brisés

Au-delà des chiffres, ce sont les histoires humaines qui marquent. Le coach évoque deux figures symboliques du football palestinien récemment disparues.

  • Hani Al-Masdar, son assistant et bras droit dans l’équipe olympique, tué alors qu’il livrait de l’aide humanitaire.
  • Suleiman Al-Obeid, surnommé le « Pelé de Palestine », ancien attaquant de la sélection nationale, mort en faisant la queue pour obtenir de la nourriture.

Le contraste est cruel : l’un meurt en aidant les autres, l’autre en cherchant de quoi survivre. Deux destins qui traduisent l’ampleur de la tragédie.

Le football comme miroir d’un peuple

Dans un contexte où Rafah, ville natale d’Abu Jazar, a été « presque rasée », selon ses mots, le football n’est plus une priorité, mais il reste un symbole. Pour les Palestiniens, voir leur équipe nationale continuer à jouer, malgré tout, est une manière d’exister sur la scène internationale. C’est aussi un acte de résistance culturelle et identitaire.

Une double lecture : sport et politique

Le témoignage d’Abu Jazar rappelle une évidence : dans certaines régions du monde, le sport ne peut être dissocié de la politique et du conflit. Là où les nations utilisent le football comme vitrine ou outil diplomatique, la Palestine tente simplement de préserver une lueur d’espoir. La survie de son équipe nationale n’est pas seulement sportive : elle est existentielle.

Conclusion

L’interview d’Ihab Abu Jazar dépasse le cadre footballistique. Elle met en lumière la fragilité, mais aussi la résilience d’un peuple et de son sport. Le football palestinien est aujourd’hui amputé de ses infrastructures, de ses compétitions et de nombreux acteurs. Mais il demeure, malgré tout, une voix qui refuse de s’éteindre. En racontant la mort de ses proches et de ses collègues, le sélectionneur palestinien rappelle que derrière chaque match, chaque défaite ou chaque victoire, il y a des vies brisées, mais aussi une volonté intacte de continuer à jouer.

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